OVNI cinématographique – « Toys » (Barry Levinson, 1992)

Titre: Toys

Affiche du film - Source: Wikipedia
Affiche du film – Source: Wikipedia

Année de production: 1992
Réalisation: Barry Levinson
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h58
Distribution: Robin Williams, Michael Gambon, Joan Cusack, Robin Wright, LL Cool J

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je suis désolée pour le retard accusé cette semaine, mais j’ai eu un très gros projet à gérer au boulot (une stagiaire avec des responsabilités! Youhouh!) en plus d’une crève carabinée. Enfin, me voici de retour cette semaine pour une chronique cinéma assez… barrée. En effet, j’ai l’honneur de vous présenter Toys, pour moi un véritable OVNI au pays du cinéma, pour les curieux avides de découverte. À la base, je l’avais vu dans mon enfance, quand mes parents commençaient à expérimenter les joies des chaînes cinéma sur le câble… Puis je l’ai revue beaucoup plus vieille avec mon frère, avec la maturité d’une grande, et j’ai encore accroché…

Attachez vos ceintures, je vous embarque donc pour un voyage dans l’absurde et le loufoque, dans le monde merveilleux du jouet…

  • Une affaire familiale

Kenneth Zevo, fabriquant de jouets et directeur des usines Zevo, se meurt. Contre toute attente, il décide de ne pas léguer son affaire à son fils Leslie (Robin William) ou à sa fille Alsatia (Joan Cusack) qui pourtant travaillent avec lui depuis des années, mais à son frère Leland Zevo (Michael Cambon), militaire de carrière sans aucune fantaisie et nostalgique du Vietnam. Celui-ci, flanqué de son fils Patrick (LL Cool J), lui aussi militaire et expert en camouflage, décide de changer complètement le concept de l’usine. Non content d’en changer l’architecture, il décide de produire exclusivement des jouets et jeux de guerre. Il écarte Alsatia et Leslie de l’entreprise familiale et transforme l’usine en véritable fort, avec contrôle de sécurité draconniens.

Sur ces entrefaites, Leslie fait la connaissance de Gwen (Robin Wright), une employée de l’usine, qui sous ses airs coincés se révèle avoir le même grain de folie que lui. Mais dans le même temps, il s’inquiète de voir son oncle dénaturer la vision du jouet comme apport de douceur et d’imaginaire. Galvanisé par sa romance naissante avec Gwen, il décide de demander des comptes à son oncle. Il comprend bientôt que, plus que la simple production de petits soldats et chars miniatures, Leland Zevo médite un plan diabolique, destiné à utiliser les jouets à de véritables fins guerrières. Aidé d’Alsatia et de Gwen, Leslie décide de le faire échouer…

  • Univers surréaliste

L’histoire du film pourrait être une classique intrique de rivalité sur fond d’affaire familiale, mais que nenni. Car vous entrez dans un monde qui semble appartenir à une dimension parallèle, sans véritable appartenance à une époque ou à un espace particulier, où tout a rapport au jeu, au jouet, ou y ressemble.

toys07
Les usines Zevo dans toute leur splendeur… – Source: DevilDead.com

Car Kenneth Zevo est une sorte de Willy Wonka du jouet, avec une usine qui ressemble à tout sauf à une fabrique. Et ouais… Dans la salle de production et de montage, ce sont des têtes de robot géantes jaune vif qui crachent les pièces à assembler. Quant à Alsatia, elle crée des costumes de poupée dans une pièce qui ressemble à une boîte et porte des patrons de robes et des perruques de poupée lorsqu’elle est à l’ouvrage… Et Leslie fait visiter l’usine à son oncle à bord d’une voiturette qui s’arrête pour laisser traverser une famille de canards mécaniques. Comme soirée romantique, il emmène Gwen se balader dans une miniature de grande métropole américaine…

Bref, du grand délire pour un univers pop et coloré, dont les visuels très étudiés ne sont pas sans rappeler les peintures de Magritte (vous savez, les hommes qui flottent sur fond de ciel nuageux…), ou ces tableaux futuristes aux perspectives à la fois très tordue et très géométrique… Pareil pour les maisons: la maison Zevo ressemble à une carte en relief, tandis que dans son salon trône une miniature avec une reconstitution de la scène en mode « maison de poupée »… tout comme la salle à manger où les convives s’assoient littéralement sur des châteaux jouet! Et pour finir, les enfants de Zevo vont à l’enterrement de leur père dans la voiture de celui-ci qui n’est autre… qu’une auto-tamponneuse!

Tout est complètement surréaliste… et encore, le mot est faible! Car les situations sont tout aussi barrées que les décors, avec des personnages perchés à souhait!

  • Personnages délirants et situations rocambolesques
MV5BMTgwNDk5Mzg5Nl5BMl5BanBnXkFtZTcwMDI4NTQ4Mw@@._V1__SX1234_SY582_
Les étourdissantes tenues de camouflage du cousin Patrick, « fort, sportif et mystérieux » selon les mots de sa cousine Alsatia… vous avez ici la version canapé fleuri. – Source: Imdb.com

Car l’histoire ne serait rien sans ses décors et sans cette bande d’acteurs qui campent des personnages hauts en couleur. Je ne peux pas faire de mention spéciale à tel ou tel acteur, car ils sont tous assez efficaces. On retrouve bien sûr un Robin Williams au mieux de sa forme, qui campe encore un doux rêveur parfois agaçant qui va pourtant révéler assez de courage pour faire face à son oncle Leland. Dans ce rôle, Michael Gambon est un méchant cartoonesque, pas plus futé que ses adversaires, tellement obsédé quand il a une idée fixe qu’on le voit se tirer une balle dans le pied pour se débarrasser d’une mouche perchée sur sa chaussure… Véridique, et là maintenant, je ris rien que de penser à la scène!

Passons aux deux ladies.L’excellente (je l’adore) Joan Cusack joue la soeur de Leslie, Alsatia, dont on comprend les excentricités lors du twist final, qui porte des tenues de poupée et mange des « sandwiches à rien du tout » à la cantine de l’usine, pour les remplir de comprimés vitaminés. Gwen, interprétée par la ravissante Robin Wright, est aussi douce et gauche que folle, passe des heures à s’amuser avec Leslie et Alsatia, comme une bande de trois gamins, et elle imite le dauphin à la perfection quand elle drague Leslie.

toys_2316_4ea617b82c058837cb004553_1320218426
Leslie en train de faire visiter l’usine de jouets familiale à l’oncle Leland – Source: Inciné.fr

En fait, si, je pense qu’un personnage mérite une mention spéciale: le cousin Patrick, interprété par LL Cool J… Militaire de carrière comme son père, il a des tas de manies bizarres – il déteste que les aliments se touchent (je crois que sa tirade sur les aliments est juste MAGIQUE!). C’est un membre des commandos qui fait tout pour ne jamais être pris, et qui a une spécialité particulière: le camouflage. Patrick apparaît quand on ne l’attend pas et disparaît comme il est venu, en se fondant dans la nuit ou le décor… Sa première apparition dans le film est d’ailleurs un moment absolument hallucinant, car il semble émerger d’un canapé. Oui, d’un canapé fleuri de grand-mère! Et ceci lors d’un dîner chez Leslie et Alsatia… Parfois, on ne le voit pas, on entend juste sa voix… Et s’il n’y avait que cela… Car tout au long du film, Patrick Zevo ne cessera pas de vous surprendre avec ses manies et son expertise des treillis fantaisie et des leurres en tout genre! Il est à l’origine de mes scènes préférés du film, je peux vous le dire!

MV5BMjA4MjAyMTk4NV5BMl5BanBnXkFtZTcwOTE4NTQ4Mw@@._V1__SX1234_SY582_
Leslie et Gwen à la cantine de l’usine – Source: Imdb.com

Car on nage dans un comique de situation permanent, entre des gags ou de simples scènes complètement incongrues qui prêtent à rire. Qu’il s’agisse des leurres de Patrick ou du coup de feu dans le pied de Leland… entre autres. On y croise Leslie disserter très sérieusement sur l’harmonie des couleurs dans les faux vomis du département farces et attrapes, ou encore Gwen utiliser des stabilisateurs sur son vélo à l’âge adulte, un robot espion faire un vol plané après avoir été projeté par un soutien-gorge tel une fronde, une statut d’éléphant qui fait des bulles en guise de monument funéraire… Le visuel étourdissant que j’évoquais n’est pas non-plus étranger à cela. Vous verrez dans Toys qu’il est possible de pousser des murs et de transformer une usine de jouets en véritable forteresse piégée digne des plus grands jeux de plateforme! (C’est d’ailleurs parodié lors de l’assaut final de l’usine!)

  • Conclusion – Un film adulte quand même

Mais ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas vraiment d’un film pour les enfants. Il oppose cet univers riche en couleurs, tout en naïveté et en douceur, à l’image des personnages principaux élevés dans une véritable bulle d’innocence, à des thèmes sérieux comme la guerre et l’exploitation de l’innocence. Il y a donc une sorte de cruauté, de noirceur sous-jascente, qui ajoute un peu plus de puissance à l’ensemble. Il faut donc regarder au-delà du pur délire scénaristique et visuel, et de ces personnages complètement perchés… Et je pense que c’est ce que le public a eu du mal à faire. On connaît Barry Levinson pour Le Secret de la Pyramide (un film jeunesse produit par Spielberg, qui relate la rencontre des tout jeunes Sherlock Holmes et John Watson dans un pensionnat), Good Morning Vietnam ou Rain Man. C’est donc un grand nom du cinéma. Mais malgré l’originalité de sa vision et l’implication d’un casting de standing, et malgré une bande originale assez sympathique à laquelle a participé Hans Zimmer, Toys a été boudé par le public et les critiques, qui ne l’ont pas compris. Echec commercial et critique, il n’est pas du tout considéré comme un chef d’oeuvre.

Et pourtant, je pense que c’est justement son côté inclassable qui fait que ce film mérite d’être vu. Il est vrai que je ne suis pas objective (en même temps, avez-vous déjà vu de l’objectivité sur ce blog? non, hein? 😉 ), car Toys est une de mes madeleines de Proust. Mais ces décors qui servent une histoire assez sympathique et barrée ont de quoi ravir et amuser les curieux, les geeks et les cinéphiles en général. Le film a certes ses faiblesses et pourrait être un énième rôle de Robin Williams à faire le pitre, mais c’est une vraie bouffée d’air pur qui arrache des sourires sincères, tout ce qu’il faut pour vous remonter le moral. À consommer donc sans modération!

Je vous laisse avec la bande-annonce (en V.O.), pour piquer votre curiosité, et vous souhaite un excellent week-end, en espérant ne pas accuser le même retard pour mes prochaines chroniques!

Blanche Mt.-Cl.

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s