L’un de mes livres favoris – « 20,000 Lieues sous les mers » (Jules Verne)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Très inspirée par le sommaire d’octobre du blog littéraire À Livre ouvert, je me suis souvenu d’un livre auquel je souhaitais depuis longtemps consacrer l’une de mes chroniques littéraires. Vaguement geek et follement curieuse de science-fiction à l’ancienne, j’ai grandi avec les adaptations ciné et télé de Jules Verne, et adolescente, j’ai  commencé à en lire un chaque été pour les collectionner. Bon, 🙂 depuis un mémoire sur les « robinsonnades » (avec L’École des Robinson, et L’Oncle Robinson comme exemples) il y a cinq ans, j’ai un peu suspendu cette tradition. 🙂 Les noms du Nautilus et du capitaine Nemo me faisaient rêver…

Vous avez deviné? Eh oui, je vais écrire sur un livre que vous avez probablement déjà lu, ou dont vous connaissez déjà l’histoire: 20,000 Lieues sous les mers, l’un de mes romans favoris… Rédigé par l’un des « pères » de la science fiction française, Jules Verne (1828-1905), il mélange aventure pure, technologie et science. Tout d’abord publié par épisode dans la presse entre 1869 et 1870, la première édition illustrée est parue en 1871… Et ce sont ces mêmes illustrations gravées ont été reprise dans une somptueuse collection de poche éditée chez Le Livre de Poche.

Mais trêve de circumvolutions et entrons dans le « vif » du sujet…

NB: Cet article comprendra, outre des photos de mon livre, ainsi que des illustrations faites de ma main pour une critique du roman que j’avais écrite en Angleterre.

  • À bord d’un monstre de métal
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Mon exemplaire perso, lu pendant un voyage en Angleterre quand j’étais ado… Ah souvenirs!

Années 1860. Une série de naufrages, partout dans le monde, défraie la chronique. Le coupable: un immense monstre marin phosphorescent, observé par les rescapés, qui parcourt les océans du globe. Sans doute un gigantesque narval… La chasse est sonnée quand le gouvernement américain organise une expédition pour attraper et étudier cette étrange créature. Coïncidence heureuse: le grand biologiste marin français Pierre Arronax se trouve en voyage à New York avec son assistant Conseil, et décide au dernier moment d’embarquer sur l’Abraham Lincoln avec le reste de l’expédition. Il est en même temps le narrateur de cette histoire. Une fois sur le navire, les deux hommes rencontrent le chasseur de baleine et « maître harponneur » canadien Ned Land. Bien que leurs échanges soient parfois orageux, ils sympathisent bien vite.

Après plusieurs semaines de navigation, l’équipage retrouve enfin la trace du monstre dans le Pacifique et se lance à sa poursuite… Mais ce sont finalement eux les proies: le monstre charge et éperonne l’Abraham Lincoln qui sombre corps et biens. Arronax, Conseil et Ned Land survivent, parvenant à se cramponner aux débris du vaisseau… puis au monstres. À leur grande surprise, la narval géant est métallique et se révèle n’être autre qu’un immense submersible! Capturé par l’équipage, les trois hommes font bien vite la connaissance de leur chef, le mystérieux capitaine Nemo.

Ainsi, Arronax, et Ned Land s’embarquent pour un étonnant voyage au fond des mers, à bord d’un vaisseau aussi révolutionnaire que somptueux, et vont découvrir avec autant de fascination que d’appréhension le mode de vie alternatif de Nemo et de ses hommes dont toutes les ressources proviennent de l’océan. Si Conseil et Ned Land se méfient de l’étrange capitaine, Arronax est très vite fasciné par son charisme et sa culture. Mais au cours de son périple à travers les récifs coralliens et les mers glacées des pôles, le professeur va également découvrir une part de noirceur chez le commandant du Nautilus

  • Les schémas de Jules Verne
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Le professeur Arronax, Ned Land et Conseil, après le naufrage, se hissant sur le Nautilus – Pour sortir un peu des représentations qui ont été faites du sous-marin, j’ai volontairement donné à son avant l’allure d’une « tête de monstre » ou les hublots ressemblent à des yeux

Ce qui est amusant, c’est qu’on y retrouve tous les ingrédients propres à Jules Verne. Le but de ces livres étant souvent l’instruction en s’amusant, le lecteur en a pour son argent en termes de dépaysement, et de « leçons de choses ». Ainsi, au cours du voyage de nos héros se succèdent les descriptions détaillées de bancs de poissons, baleine et dugongs, eaux claires du Pacifique, fjords de l’Atlantique Nord, escales dans des îles paradisiaques et dans des paysages glacés… Mais aussi reliefs sous-marins, quand Arronax et ses compagnons accompagnent l’équipage du Nautilus sous l’eau pour leurs récoltes sous-marines et leurs sessions de pêche.

Car comme je le disais dans le résumé, Némo et ses hommes mènent, à l’écart du monde, un mode de vie alternatif à bord de leur vaisseau, tirant toute leur nourriture de la mère – même le lait et le fromage sont issues des mammifères marins, les légumes poussent sous l’eau, et la pêche fournit la table de Nemo en poissons et succulent fruits de mer savamment accommodés. Ils entretiennent des fermes sous-marines, et en cas de besoin, prélèvent des matériaux précieux dans des épaves… Tout un programme qui permet à cet équipage plus ou moins – j’insiste sur le « plus ou moins » – coupé du reste du monde de vivre dans une relative autosuffisance, à bord d’un vaisseau remarquable.

En effet, le Nautilus est un bijou. Non seulement il utilise toutes les technologies à la pointe à l’époque de Jules Verne, ainsi qu’une sorte de bouclier électrique qui lance une décharge aux agresseurs mais l’intérieur est également très beau, extrêmement confortable. La salle de séjour notamment, est somptueuse. Ornée de tentures, elle est décorée d’objets d’art et de toiles de maîtres, comprend une bibliothèque, ainsi qu’un immense hublot en verre résistant à la pression avec une vue imprenable sur les fond marins. Et classe ultime: un orgue. La technologie permet donc ici d’offrir un foyer confortable avec chaleur et électricité, et cela sous la mer, dans un environnement hostile. C’est tout à fait étonnant, et ce même pour un lecteur du XXIe siècle… On est avec Jules Verne, dans cet esprit positiviste de la fin du XIXe siècle, qui voyait dans la technologie et dans ses retombées au quotidien, le moyen d’améliorer la vie des hommes, et les êtres humains eux-mêmes qui, ne manquant plus de rien, ne chercheraient plus qu’à s’éveiller à ce qui les entoure…

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Le capitaine Nemo (dans une tenue qui m’a été inspirée par le steampunk), le professeur Arronax, Conseil et Ned Land de dos, qui observent un poulpe géant attaquant le sous-marin à travers le hublot du séjour

Les personnages sont d’ailleurs typiques de cet esprits, et l’on retrouve cette typologie à peu près dans tous les romans de Jules Verne: le spécialiste, l’assistant et l’homme pratique. Arronax est l’archétype du scientifique humaniste: pour lui, la science doit contribuer au bien de l’Homme, et le savant croit l’être humain foncièrement bon. Il n’est pas enclin à utiliser la violence contre un autre être humain, n’est pas sujet à des passions excessives et agit toujours raisonnablement. Ainsi, il peut nous paraître, pour nous lecteurs du XXIe siècle, un brin naïf. Quant à Conseil, son assistant, on trouve en lui un personnage assez calme, voire flegmatique (le film produit par Disney dans les années 1950 en fait un poltron sous les traits de Peter Lorre). Il est fidèle au professeur, a des capacités qui le rendent aptes à l’aider et à le suppléer, ainsi qu’une connaissance tout à fait impressionnante de la faune marine qu’il aime à classifier – il faut croire que sa fréquentation assidue d’universitaires l’a quelque peu « déformé »! 😉

Quant à Ned Land, il est très différent de ces deux-là. En effet, c’est très loin d’être un intellectuel… Je m’explique: loin de confondre « intellectuel » et « intelligent », je dirais que notre maitre harponneur est plutôt un malin qui ne s’en laisse pas conter, et ce par la force de son expérience. Il ne passe pas des heures discutailler avant d’agir. Même s’il fait parfois figure de comique, il jouit d’un fort capital sympathie. Ce n’est d’ailleurs, je pense, pas pour rien qu’il est Canadien: Jules Verne semble avoir été très admiratif des Anglo-saxons, et plus particulièrement des Nord-Américains, dont il loue l’esprit entreprenant et ce goût pour la pratique, plutôt que pour la pure théorie. Vous noterez qu’on croise souvent des Américains dans les différents romans de monsieur Verne…

Notre Ned Land est d’ailleurs très méfiant envers ce Nemo qui voyage sous l’eau et qui le prive de la lumière du jour et des vents du grand large. Il se sent prisonnier… Car tout n’est pas rose à bord du vaisseau… Et c’est peut-être bien ce qui fait de 20,000 Lieues sous les mers un chef d’oeuvre…

  • Du positivisme béat à la noirceur

Ce roman ne serait pas ce qu’il est sans son personnage principal, le fascinant capitaine Nemo. Très charismatique, il suscite l’admiration d’Arronax pour cet esprit brillant qui a créé le Nautilus et qui a eu assez d’énergie pour rassembler des hommes et concrétiser ce projet grandiose. Les deux hommes ont de longues conversations très stimulantes, et l’universitaire ne peut s’empêcher d’admirer les connaissances de son interlocuteur. Ainsi Nemo – dont le nom en grec, signifie « personne » – est un homme de science et de culture, qui voyage à travers le monde. Mais il n’est pas, comme bien des personnages de Jules Verne, unidimensionnel. En effet, si Arronax, Conseil et même le sympathique Ned Land font figure d’archétype, on découvre avec Nemo le personnage le plus complexe jamais créé par l’auteur. Et quand bien même il est l’un de mes personnages littéraires favoris, je suis assez encline à penser que notre bon capitaine n’est pas très, très équilibré…

En effet, plus on en apprend sur lui, plus on découvre une personnalité tourmentée qui cache de douloureux secrets… Comme vous vous en doutez, il lui faut bien des raisons pour tout quitter et vivre sous l’océan avec un équipage de quelques fidèles, car seule une grande passion pour la mer ne peut pas expliquer cette volonté. Tout d’abord, ses penchants quelque peu mégalo, renforcés par la réussite de son projet avec le Nautilus, le rendent enclin à croire que tel un roi, il règne sans partage sur les océans et peut filer sans rencontrer d’obstacle jusqu’à une zone plus clémente en cas de pénurie – ou au choix, imposer sa loi en éperonnant des bateaux d’un bout à l’autre de la terre. Ensuite, nous apprenons qu’il est originaire d’une contrée exotique où lui et sa famille ont été les malheureuses victimes d’une tyrannie – il les appelle souvent les « meurtriers »… Il tend d’ailleurs souvent à s’en prendre au navire avec un certain pavillon qui n’est jamais précisé, et n’hésite pas à utiliser le Nautilus comme une arme pour couler un vaisseau. Sa propension à la haine et à une certaine sorte de violence va peu à peu mettre à mal l’admiration que lui porte Arronax qui plus d’une fois tente de le raisonner… On ne peut que finir ce roman avec une impression de gâchis vis-à-vis de Nemo, de cette intelligence et de cette créativité exceptionnelles qui lui donneraient le pouvoir de rendre le monde meilleur.

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Nemo qui joue de l’orgue, comme dans le film…

Car ce qui fait l’intérêt du personnage de Nemo, c’est qu’il prend le contrepied de l’esprit positiviste des autres personnages et pose la question de l’utilisation de la science à des fins discutables. Il est certes capable de prouesses, mais celles-ci peuvent être porteuses de vie comme de mort… Il est donc la preuve que Jules Verne n’était pas qu’un positiviste béat et complètement aveuglé par les innovations de son temps, mais aussi conscient que leurs retombées dépendaient largement de ce que l’esprit humain en ferait… Heureusement pour lui, il s’est éteint avant la Première Guerre mondiale et n’a pas vu la technologie faucher des vies à une échelle industrielle…

C’est aussi la personnalité de Nemo qui règne sans partage sur son vaisseau qui renforce une atmosphère lourde et claustrophobe. Car si l’on ne peut que s’émerveiller de la beauté des fonds marins vu à travers le hublot du séjour, il n’en reste pas moins qu’Arronax, Conseil et Ned Land sont prisonniers d’une énorme boîte de conserve où les possibilités d’évasion sont très, très minces. Ce qui ne peut qu’attiser les tensions entre nos trois héros et le tyrannique Nemo…

  • Conclusion

20,000 Lieues sous les mers est non-seulement un classique, mais également un grand succès de la littérature, traduit dans de nombreuses langues, facile à trouver dans les pays anglo-saxons. Le capitaine Nemo est un personnage mondialement connu, un peu comme le Fantôme de l’Opéra (un autre de mes personnages fétiches), même s’il n’a pas sa comédie musicale. Du moins, pas que je sache! 🙂 Joué par James Mason dans le 20,000 Lieues sous les mers produit par les studios Disney en 1954, il réapparait également dans le roman L’Ile mystérieuse, et a été brillamment incarné par Omar Sharif dans sa formidable adaptation télé.

Mais je ne vous dirai pas de le lire parce que c’est un classique et que par conséquent, il faut absolument l’avoir lu. Que nenni! J’ai même eu une prof de lettres qui détestait Jules Verne (Elle disait que c’était pour les mecs, bonjour le cliché!), et qui m’a jeté un regard dédaigneux que je lui ai dit avoir lu Voyage au Centre de la Terre et 20,000 Lieues sous les mers… Pour moi, il faut le lire  parce que, de toute la collection des Voyages extraordinaires signés Jules Verne, c’est l’un des plus merveilleux, car profond. N’y voyez aucun jeu de mot en rapport avec les fonds marins! 😉 Outre son charme très XIXe siècle, et ces magnifiques descriptions de l’océan et du monde sous-marin, il y a dans cette histoire une noirceur sous-jascente qui pose des questions sur la connaissance et ce qu’on en fait. Des questions encore très actuelles, quand on y pense! Cette noirceur et cette complexité, absentes de la plupart des romans de Jules Verne, rend l’atmosphère du roman particulièrement envoûtante. On sent que dans le silence des eaux profondes, un feu couve véritablement… Et l’on attend l’explosion…

Bien sûr, le livre a ses faiblesses, mais je pense qu’elles sont propres à l’oeuvre de Jules Verne en général. D’une part, j’ai conscience que les quelques passages « leçons de chose » peuvent rebuter… D’autre part, eh bien… on manque un peu de personnages féminins dans ce roman. D’ailleurs, avez-vous noté que chez Jules Verne, hormis la Nadia de Michel Strogoff qui a quelque consistence et force de caractère, elles sont souvent des mamans dévouées et de gentilles fiancées qui attendent? Car Jules Verne a surtout écrit pour un lectorat masculin – donc en soi, ma prof n’avait pas totalement tort, ce qui n’empêche pas que des filles peuvent apprécier – à une époque où l’on n’attendait pas des femmes qu’elles deviennent des aventurières… Il est d’ailleurs très intéressant de noter que dans certaines adaptations de Jules Verne ont été ajoutés des personnages féminins pour que le public moderne puisse s’identifier. Ceci dit, je connais bien des filles qui ont lu 20,000 Lieues sous les mers et qui l’ont également beaucoup aimé…

De mon côté, je reconnais que je ne suis pas du tout objective en la matière. Jules Verne, c’est affectif, c’est un peu ma madeleine de Proust. 🙂 Mais je pense réellement que si vous êtes curieux et avides de littérature, vous vous devez d’ouvrir et de vous perdre dans ces pages merveilleuses, envoûtantes… Et maintenant, je suis très curieuse de voir la chronique qui lui sera prochainement consacrée sur À Livre ouvert

J’espère en tout cas vous avoir donné envie de (re)découvrir ce classique. Je vous retrouve très bientôt avec de nouvelles chroniques, et croisons les doigts, de nouvelles créations!

Blanche Mt.-Cl.

Titre: 20,000 Lieues sous les mers
Auteur: Jules Verne
Editions: Librairie Générale Française
Collection: Le Livre de Poche
606 p.
Parution: Décembre 2001
Prix: 6,60 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

3 réflexions au sujet de « L’un de mes livres favoris – « 20,000 Lieues sous les mers » (Jules Verne) »

    1. J’aime tellement cette histoire que l’une de mes attractions favorites à Disneyland Paris était la visite du Nautilus… On traverse le grand salon pendant l’attaque de la pieuvre et l’orgue joue avec le visage de Nemo qui apparait au-dessus! Magique! 🙂

      Aimé par 1 personne

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