Messages à travers le temps – « Vortex » (Robert Charles Wilson)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’ai le plaisir de revenir avec les lectures du lundi et de me tenir à ces chroniques… En effet, j’ai terminé la lecture de la trilogie Spin. Comme je n’aime pas le travail Après avoir consacré des articles à ses deux premiers volumes, Spin et Axis, je conclus en vous présentant Vortex qui met le point final à la série.

Vous êtes prêts?… C’est parti pour un nouveau bond dans le temps…

  • Un récit à travers le temps

Après Axis qui nous emmenait sur la planète Equatoria quarante ans après la fin du Spin, nous nous retrouvons sur Terre, une vingtaine d’années avant les événements du livre précédent. Dans un monde réchauffé par le pétrole affluant d’Equatoria, il fait une chaleur écrasante sur Houston. Sandra est médecin dans un centre psychiatrique géré par l’Etat, qui abrite délinquants peu violents, marginaux ou autres traumatisés de la période post-Spin qui ont mal tourné. Le travail peu passionnant de notre toubib consiste à déterminer, après expertise psychologique, qui doit aller en prison, être confié à un institut spécialisé, ou remis à un membre de leur famille capable de prendre soin d’eux. Tous les jours, elle pense à démissionner…

Jusqu’au moment ou apparaît l’agent Bose, un étrange policier très impliqué auprès du jeune homme qu’il accompagne auprès de Sandra, Orrin Mathers. Le garçon, assez simple, dérangé mais plutôt doux, a été escorté là pour le mettre à l’abri de l’agressivité d’autres marginaux. Mais pas seulement. Bose voudrait faire appel à l’expertise de Sandra au sujet des carnets tenus par le jeune homme: en effet, ceux-ci racontent l’histoire d’un certain Turk Findley, qui se réveille après dix-mille ans de stase dans un Vortex, dans le nouveau monde de Vox, une société qui vénère les Hypothétiques et qui cherche à regagner l’ancienne Terre… Bose y cherche une vérité: en effet, Orrin a travaillé comme veilleur de nuit dans les entrepôts d’un certains Findley qui pourrait tremper dans le trafic de médicaments martiens…

  • Partis pris littéraires
Couverture de Vortex - Source: Amazon
Couverture de Vortex – Source: Amazon

Le schéma narratif reprend un peu les ingrédients du premier opus: en effet, on trouve des sauts dans le temps entre le moment de la narration, le « récit de Sandra et Bose », et les carnet qui nous amènent dans le « récit de Turk », et dans celui de Treya/Allison, son interprète et liaison avec le reste de Vox.

On redécouvre le monde post-Spin sur Terre, un monde écrasé de chaleur, marqué par le traumatisme de cette période et gangréné par une corruption endémique due au trafic du remède martien des « Quatrième Âge », en particulier dans la police. Bose se dégage de cet environnement, ce qui le rend très attrayant pour de par sa tranquillité et l’attention dont il fait preuve non-seulement envers le jeune Orrin mais aussi envers Sandra. Pour lui, le récit couché dans les carnets de son protégé, une simple histoire de science fiction, à travers laquelle il tenterait de dire ce qu’il aurait vu dans les entrepôts de Findley – le père de celui que nous connaissons. Bose voudrait l’expertise de Sandra, afin d’utiliser ces écrits comme preuve pour faire tomber le trafic sus-mentionné…

Quant à l’autre récit parallèle, il s’agit de Turk Findley, qui après (spoiler alert!) avoir été absorbé par le vortex apparu sur Equatoria à la fin d’Axis, se réveille dix-mille ans plus tard. Récupéré par les habitants de Vox, une cité-vaisseau qui voyage à travers les Arcs. Cette société implante à chacun de ses membres un « noeud » à la base du cerveau, afin de les mettre sur réseau et de créer un collectif, ce qui doit créer un sentiment d’empathie et permettre une prise de décision dans l’intérêt commun. Ils nourrissent une dévotion profonde pour les Hypothétiques, déjà évoqués dans les précédentes critiques, et pour ceux qui ont été assimilés par eux comme Turk lui-même et Isaac, le jeune garçon créé par les Quatrième Âge, lui aussi rescapé du vortex et objet d’un quasi-culte. Or Vox est en guerre avec un Etat voisin et parvient à passer l’Arc avant sa destruction, pour découvrir une Terre désolée et devenue inhabitable…

Écoeuré par les implants dans la nuque des habitants de Vox, et par l’acharnement thérapeutique sur le corps mutilé du jeune Isaac, dévasté par ce qu’il apprend du devenir de la Terre, Turk ne pense alors plus qu’à une chose: fuir cet endroit qu’il voit comme une dictature, fuir avec Treya/Allison. Celle-ci, formée pour le guider et le comprendre, a en elle les souvenirs fabriqués à partir du journal d’une jeune fille du XXIe siècle, pour lui permettre de se mettre à la portée de Turk. Celle-ci, après la perte accidentelle de son implant, se révolte contre le système de Vox et n’accepte plus qu’Allison en elle… De plus, Turk se rappelle quelque chose de terrible qu’il a fait à Houston dans sa jeunesse, et qui le hante…

  • Un peu de frustration

Comme vous le savez, Spin en soi m’avait laissée sur des sentiments assez mitigés. Je n’avais donc pas éprouvé de grande déception à la lecture d’Axis, contrairement à la plupart des fans du premier volume. En fait, il y a de très bonnes idées, mais Vortex m’a laissé la désagréable impression d’un roman où au final… il ne se passe pas grand-chose. Je m’explique: l’alternance de récit des différents personnages évoque plus une succession de scènes ou de tableaux, plus que d’un déroulement d’événements. Je l’ai donc trouvé – j’ai horreur d’écrire ça – assez laborieux à lire, mais j’ai voulu continuer, car on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise quand on lit. En fait, j’ai eu la sensation que les personnages ne se réveillaient qu’une cinquantaine de pages avant la fin, et cela m’a terriblement frustrée. Quant au chapitre final, il part sur un trip métaphysique qui selon moi, aurait eu sa place bien avant.

Il y avait de très bonnes idées, comme ces twists entre le présent et le futur qui s’influencent mutuellement, ces histoires qui s’entremêlent, des questionnements sur le devenir de l’humanité, sur la société voxaise qui ôte toute individualité à ses membres. Pensée comme une utopie, elle est effrayante pour un électron libre comme Turk, mais je pense qu’elle aurait dû être un peu plus fouillée, plus développée, quitte à prendre plus de pages que l’histoire de Sandra et Bose. C’est bien qu’un auteur ait son style, mais quand le récit se passe dix-mille ans plus tard, je pense qu’il est libre de casser quelques schémas… Après tout, l’humanité a évolué malgré – ou grâce à – la présence des Hypothétiques… Je suis peut-être trop influencée par la science-fiction à l’ancienne, un peu kitsch, mais je pense sincèrement qu’il aurait fallu mettre en avant l’exotisme des Voxais qui nous sont, au final, tristement semblables.

De plus, outre le schéma narratif, j’ai trouvé que les ressorts narratifs avaient également été repris. Ces personnages principaux un peu « paumés », solitaires, indécis et un peu longs à la détente comme Tyler dans Spin, m’ont carrément déprimée. Je vous assure que cette lecture m’a rendue terriblement mélancolique, rien qu’à voir la triste vie des différents protagonistes. Je sais que tous les livres, en particulier la science-fiction qui a valeur de réflexion sur l’avenir, ne sont pas censés être drôles… mais pour moi, c’était vraiment trop. Après, j’avoue ne pas être très objective en ce qui concerne ce dernier point.

  • Conclusion

En général, je n’écris pas sur ce que je n’aime pas, car j’estime qu’on n’a pas à démonter l’oeuvre de quelqu’un, surtout quand d’autres pourraient plus l’apprécier que moi. J’ai rédigé cette critique, juste pour terminer ce que j’avais commencé avec les deux premiers tomes. Cela me peine d’autant plus que c’est le travail d’un auteur reconnu et acclamé, et dont malheureusement je ne connais pas assez l’oeuvre. Vortex m’a beaucoup frustrée, car je n’avais pas l’impression qu’il était utile pour le reste de la série… Surtout quand on n’en apprend pas plus sur les Hypothétiques et que le final n’a rien de surprenant. J’ai vraiment eu du mal à accrocher et à finir. Les vingt dernières pages ont été, avec le chapitre consacré à la description de Paris dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, les plus longues de ma vie! 😉 Bref, ce n’est pas vraiment le genre de lecture que je recommande quand comme moi on ne lit qu’en pointillés comme c’est le cas en ce moment, car on n’est pas du tout à même d’en apprécier la portée.

C’est dommage… Le personnage de Turk Findley avait un bon capital sympathie, donc je n’avais rien contre le fait de suivre simplement ses aventures dans un tout nouveau cadre toujours « parasité » par la présence des Hypothétiques et peut-être même du jeune Isaac. Mais au final, l’esprit original de la série aurait-il été encore présent? 😊 Là est la question! Après, vous aimerez peut-être plus qu’Axis, car si je n’ai pas vraiment adhéré, les critiques sont, en général, bien meilleures pour Vortex!

Sur ce, j’espère ne pas vous avoir déprimés avec cette critique, et je reviens très bientôt avec des ouvrages qui m’auront plus enthousiasmée! J’aimerais même consacrer quelques articles à une saga de S.F. CULTE d’ici peu, ainsi qu’à quelques ouvrages un peu plus rafraichissants! D’ailleurs, je crois que je vais entamer quelque chose que, comme je l’avais prédit dans le précédent post, je vais emprunter à ma chère maman! Metropolis et Metro 2033 attendront un petit peu!

Blanche Mt.-Cl.

Titre: Vortex
Auteur: Robert Charles Wilson
Editions: Folio
Collection: Folio SF
400 p.
Parution: Mars 2015
Prix: 8,00 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

9 réflexions au sujet de “Messages à travers le temps – « Vortex » (Robert Charles Wilson)”

    1. Perso, je viens de commencer un petit roman de fantasy légère pour me remettre! 😉 « Metro 2033 » et « Metropolis » (En allemand en plus, arf…) attendront un petit peu… 🙂

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      1. Moi aussi, et comme je suis très curieuse de la Russie, j’aimerais avoir, outre sur les classiques russes, un aperçu de ce dont est capable un auteur russe de SFFF, si culturellement, la différence se ressent aussi dans la façon d’aborder la science-fiction… 🙂

        Aimé par 1 personne

      2. Ah, bon à savoir! Je prends note! 🙂 Et si tu n’as pas encore regardé de cinéma de science-fiction soviétique, je t’invite à regarder ce post que j’avais consacré à deux films: https://lesmondesdeblanche.wordpress.com/2015/04/15/voyage-interplanetaire-avec-les-soviets-letoile-du-silence-et-la-planete-des-tempetes/
        Ils valent leur pesant de cacahuètes! 🙂 Les effets spéciaux et les propos sont datés, mais pour l’un d’entre eux, le scénar est vraiment pas mal!

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    1. Ça ne fait que quelques années que je me suis mise à la SF, car avant je ne jurais que par les romans historique. Je pense que c’est comme tout, il y en a pour tous les goûts, et l’avantage de la science-fiction est que non seulement c’est un genre qui libère complètement l’imaginaire d’un auteur, ce qui peut plaire mais aussi dérouter, ce qui est encore mieux quand l’auteur a une belle plume. De plus, ils développent souvent des univers dystopiques qui nous pousse à réfléchir sur le devenir de l’humanité… ou qui nous immergent tout simplement dans des mondes exotiques, et les aventures de héros du futur. 🙂 Je n’ai pas encore lu tous les grands classiques du genre comme mon père, mais d’après ce qu’il m’a dit, je pense que dans le lot, il y a de quoi plaire à tout le monde, que l’on veuille réfléchir, apprécier un beau texte ou juste s’amuser… 🙂

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