L’Humanisation par la Machine – « Chappie » (Neil Blomkamp, 2015)

Titre: Chappie
Année de production: 2015
Réalisation: Neil Blomkamp
Origine: Etats-Unis, Mexique
Durée: 2h00
Distribution: Sharlto Copley, Yolandi Visser, Dev Patel, Hugh Jackman…

Logo du film - Source: Wikipedia
Logo du film – Source: Wikipedia

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Ça y est, je décide que je reprends du service avec les chroniques, que les films du jeudi et les lectures du lundi vont reprendre! 🙂 En plus concis avec tout ce que j’ai à gérer en ce moment, mais je compte m’y tenir cette fois-ci! Je reviens donc avec un film de science-fiction que j’ai eu l’occasion de voir en famille il y a quelques temps… et que j’avais beaucoup hésité à regarder. En effet, comme je l’ai dit dans une précédente chronique, les histoires de robot me mettent très mal à l’aise…

Avant d’embrayer sur Chappie avec « chapo », comme dans le fameux générique psyché de ce terrible dessin animé prisé de nos parents (Chapi Chapo), laissez-moi vous emmener à Johannesburg, dans un futur assez proche, où la robotique est utilisée pour lutter contre une criminalité endémique…

  • Un robot au mauvais endroit, au mauvais moment
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Affiche du film – Source: Wikipedia

À Johannesburg, la société Tetravaal a signé un contrat avec la police, à qui elle fournit les robots policiers appelés les Scouts, afin de combattre la criminalité galopante de la capitale sud-africaine. Ceux-ci sortent du cerveau brillant d’un jeune ingénieur, Deon Wilson (Dev Patel). Petit génie de la cybernétique, celui-ci mène des travaux personnels sur son propre programme d’intelligence artificielle. Face à lui, on trouve Vincent Moore (Hugh Jackman), un ancien militaire très pugnace qui souhaite voir échouer le projet Scout au profit d’un autre type de robot mis au point par ses soins.

Mais alors qu’un jour il rentre chez lui avec une carcasse de robot, Deon est enlevé par un groupe de truands qui pour échapper à la police, exigent de lui qu’il reprogramme un robot qui les aiderait à commettre leurs délits, afin de régler une dette colossale auprès d’Hippo, un parrain local. La bande est dirigée par Ninja (Watkin Tudor Jones) et sa blonde fiancée au physique de poupée manga, Yolandi (Yolandi Visser). Pour ce faire, Deon se sert de la nouvelle intelligence artificielle qu’il a créé… pour donner naissance à un robot qui, comme un être vivant, doit tout apprendre. Yolandi trouve à la machine un nouveau surnom: Chappie (voix par Sharlto Copley). Lors de son processus d’apprentissage, Chappie en vient à considérer Ninja et Yolandi comme ses parents, et Deon, qui revient régulièrement le voir, comme une sorte de professeur. Si dans un premier temps il se fait fort d’aider son « père » et ses acolytes à voler des voitures dans les quartiers chics de Johannesburg, il se pose bientôt des questions sur ses propres envies et sur les motivations de ses parents… Contre toute attente, Chappie a les mêmes réactions qu’un humains et il semble qu’à son contact, Ninja et Yolandi redécouvrent leur propre humanité…

C’est sans compter sur les tensions entre gangs et les manoeuvres de Vincent Moore qui viennent ruiner ce début d’harmonie familiale…

  • Une galerie de personnages attachants
Chappie et Deon, son créateur - Source: IMDb.com
Chappie et Deon, son créateur – Source: IMDb.com

C’est un fait, les histoires de robot me font plutôt peur. Outre le traumatisme de Terminator quand j’étais enfant (je dois mon premier grand frisson à cette scène finale où le buste de l’androïde se traine à la poursuite de Sarah Connor et l’attrape par la jambe… Ouh lala! J’imaginais le robot surgir du fond de mon lit et refermer ses méchants doigts métalliques sur ma cheville!), je pense que je suis assez animale, voire primaire, et attachée à la dimension organique et charnelle de la nature humaine.

Pourtant, Chappie fait partie de ces personnages à qui l’on s’attache bêtement et simplement. En effet, il connait une évolution accélérée et en deux heures de film, va passer de la curiosité et de l’insouciance de l’enfance à des questionnements plus profonds et existentiels, alors qu’il découvre le mensonge et la violence, connaître la révolte face à des situations qui lui paraissent injustes. On l’aime, car on le voit grandir, désirer l’approbation de ses « parents », leur en vouloir pour leurs mensonges, se battre pour ceux qu’il aime. Des choses que nous affrontons tous à un moment ou à un autre de notre vie. Sa naïveté donne aussi parfois lieu à des scènes assez cocasses – je pense à son premier casse de voiture avec Ninja, alors qu’il s’adonne à cette activité répréhensible avec enthousiasme, ne contrôlant pas sa force et rapportant des morceaux de taule froissée au lieu de voitures entières! Et alors ces diodes qui matérialisent ses yeux, et qui prennent une forme spécifique pour lui donner un air menaçant! Je ne sais pas si vous connaissez les films des années 80 Short Circuit et Johnny 5 qui mettaient en scène un petit robot sympathique qui voulait se faire appeler Johnny 5 et non-plus Numéro 5, mais il y a dans ces moments-là un petit côté « Johnny 5 » absolument irrésistible!

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Americano enseignant le « swag » à Chappie – Source: Allôciné.fr

Mais Chappie n’est pas le seul personnage attachant du récit, loin s’en faut. Outre son « créateur », Déon, qui a tout de l’archétype du jeune scientifique brillant et idéaliste, le spectateur se prend également d’affection pour la famille de substitution de Chappie: Ninja, Yolandi et leur compère Americano (Jose Pablo Cantillo) qui joue un peu le rôle du Tonton ou du grand frère. Si l’on voit d’abord en eux une bande de voleurs à la petite semaine complètement aux abois, avec une moralité de pirate, qui ne font que profiter de Chappie dont la personnalité les dérange, on découvre des êtres humains qui craquent pour cet être naïf et sans préjugé aucun, qu’ils vont intégrer à leur groupe en s’amusant avec lui, en le « relookant ». Yolandi est la première à se montrer attendrie, alors que Ninja se perd tout d’abord en coups foireux pour se débarrasser de ce fardeau avant de prendre à son tour la défense du vaillant robot, jusqu’à en risquer sa vie.

Ninja, Yolandi et Americano ne sont pas seulement intéressant à cause de leur attachement pour Chappie. En effet, niveau look, ils sont eux-même hors-norme, tout comme leur fiston robotique. Ninja et Yolandi sont interprétés par deux membres du groupe de musique alternative sud-africain Die Atwoort, connus pour leur look excentrique inspiré du cyberpunk et du manga. Ces personnages fictifs, taillés sur mesure pour leurs deux interprètes, sont des marginaux qui se sont recréés un monde à eux, une sorte de cocon dans leur repaire aux murs bétonnés peints de couleurs chatoyantes et de motifs à la fois naïfs et bruts. Un nid d’amour, si j’ose dire. Ce sont d’ailleurs les deux acteurs-musicieux eux-mêmes, Watkin Tudor Jones alias Ninja et Yolandi Visser qui ont créé et travaillé aux décors de cette planque dans un bâtiment désaffecté.

  • Une ambiance crépusculaire
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Chapie au secours de maman Yolandi – Source: Allôciné.fr

Car le contexte fait pas mal de choses aussi. Outre la « maison » de Ninja et Yolandi que l’on croirait sortie d’un manga cyberpunk, qui donnerait une petite touche presque « mignonne » et triviale à l’ensemble, l’histoire se déroule sur un fond violent et dur. Certaines scènes un peu sanglantes ou particulièrement cruelles (Chappie est agressé par une bande de délinquants dont il ne comprend pas l’attitude et qui tentent de l’immoler) m’ont, à une ou deux reprise, fait froid dans le dos.

Il faut die que Chappie se déroule dans une ville qui n’est pas connue pour sa tranquillité. Johannesburg est une ville violente, où fleurissent les résidences fermées pour des raisons de sécurité, sur fond de tension sociales et même raciales latentes. Pour peu que la situation se dégrade dans le futur, si l’on extrapole dans la science-fiction on peut comprendre que la situation n’est pas rose dans le film. Le réalisateur n’a d’ailleurs pas hésité à aller tourner sur le terrain dans des quartiers « chauds », ce qui crée une tension palpable à l’écran.

Cet exotisme est assez captivant, car il change de ces films de SF hollywoodiens spectaculaires se déroulant dans l’univers aseptisé de grandes villes futuristes bourrées de technologies au design minimaliste et épuré. Il n’est pas qu’au niveau du décor, avec son soleil, ses maisons abandonnées aux piscines vides, mais aussi culturel. Des truands à la petite semaine, qui semblent issus des colons « blancs » comme Yolandi et Ninja, se trouvent face à des parrains locaux avec une forte culture shamanique et l’esthétique qui va avec – crânes, tatouages, bijoux, violence mise en scène. C’est fichtrement fascinant, à la limite de l’hypnotique, un brin effrayant pour quelqu’un qui comme moi ne connaît rien de l’Afrique du Sud à part l’Apartheid. Alors imaginez le contraste avec les laboratoirs de Tetravaal où l’on construit des robots, des entités qui, programmées, restent constamment dans le rationnel!

Le tout est formidablement mis en musique par une bande originale signée Hans Zimmer, l’un de mes compositeurs préférés dès qu’il s’agit de cinéma.

  • Conclusion – Pourquoi ça nous touche tant?
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La classe inimitable et le fusil jaune de Ninja – Source: Allôciné.fr

Outre l’exotisme et le fond de violence quasiment magnifiée à l’écran, à ces traditions teintées de shamanisme face à la modernité de la robotique, Chappie se révèle, outre un grand spectacle, un film plutôt intéressant, tout en contrastes, en couleurs et en nuances. Et puis, ça m’a fait découvrir Die Antwoort. Contre toute attente, j’ai adhéré à la fois à l’ambiance et à l’histoire. L’évolution de Chappie, Deon, Ninja et Yolandi pourrait paraître naïve et sentimentale à certains, mais je pense que dans l’ensemble, elle pose aussi des questions sur l’humanité, la famille, et va même jusqu’à extrapoler sur la vie après la mort et la sauvegarde de l’âme. (Mais sur ce point, je ne peux en dire plus sans spoiler!)

Tout d’abord, qu’est-ce que l’humanité, ou l’essence de l’homme? L’empathie, la volonté de s’améliorer? La capacité à ressentir, à s’attacher aux autres, à voir la beauté, à s’interroger? Chappie, tel un petit enfant s’éveillant au monde, passe par toutes ces étapes et retranscrit toute la complexité d’un individu. Il est bien plus qu’un programme informatique, il a eu des effets sur son entourage, a suscité un amour et un dévouement chez cette famille qui l’a adopté et que lui-même a adopté. C’est la première histoire de robot où le créateur n’est pas appelé « père » – c’est juste le créateur, le machiniste. Dans le schéma familial, c’est un peu le parrain, quoi! Le père de Chappie, c’est celui qui s’occupe de lui, passe du temps et s’amuse avec lui, et qui à l’occasion le déçoit, mais qu’il choisit d’aimer tout de même. Un peu comme certains enfants humains dans des familles recomposées. Plusieurs destins se croisent de manière improbable – celui de Deon et du couple Ninja/Yolandi par exemple – et que Chappie liera entre eux. Ces rencontres, ces personnages qui s’attachent les uns aux autres, créent une histoire empreinte d’humanisme.

Je me posais la questions de la programmation de Chappie et de la nature humaine, de cette capacité à ressentir développée par le robot qui traduit toutes les nuances et les complexités de l’âme humaine. Mais nous autres, êtres humains, ne sommes-nous pas nous aussi, d’une manière ou d’une autre, programmés pour tout cela?… Plutôt que d’intellectualiser, je laisse ces réflexions à votre sagacité! Et je vous retrouve bientôt pour la lecture du lundi!

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

7 réflexions au sujet de “L’Humanisation par la Machine – « Chappie » (Neil Blomkamp, 2015)”

  1. Bon je venais d’écrire un long commentaire et ça a buggué… dépité

    Je disais en gros que j’aime bien ta remarque sur l’approche shamanique et que je trouve ça assez juste. Tout comme dans District 9 cet auteur nous propose un univers où les personnages ne sont pas tous des spécialistes de la question (robotique, aliens etc) mais ont une approche plus organique… il y a une ambiance prsque cyber punk dans cette vision du futur que j’aime assez !

    Et merci pour l’info : je ne savais pas qu’ils étaient un groupe ^^

    ps: le module de commentaire de wordpress.com est vraiment une plaie si ton site n’est pas hébergé chez eux -_-

    Aimé par 1 personne

  2. Ah! Terminator! En effet, la scène que tu décris est une des plus flippante (avec celle du Terminator courant après Reese et Sarah et que ces derniers ferment la porte in-extremis ^^). Un de mes films préférés depuis mes 8 ans ^^
    Pour ma part j’adore les films de « robot », ils nous incitent toujours au questionnement quand c’est bien fait. Mais bizarrement, je ne classe pas Chappie dans ceux-là… J’ai été très déçue par ce film. Le scénar est très léger, le personnage de Hugh Jackman est pas bien épais et la fin m’a paru too much. J’trouve l’idée du film très bonne à l’origine mais elle n’est pas du tout étoffée ni mise en valeur. ‘fin, c’est ce que j’ai ressenti hein ^^ Tu devrais lire Genesis de Bernard Beckett (oui, comme Samuel 🙂 ). J’ai adoré, la thématique y est bien plus développée et pourtant c’est un livre pas bien épais 😉

    Aimé par 1 personne

    1. « Terminator » était juste génial. 🙂 Je devrais peut-être lui consacrer un article un jour. Pour ce qui est des robots, c’est un avis vraiment subjectif car les histoires de robot en général me mettent tellement mal à l’aise et même triste, qu’elles me donnent immanquablement à réfléchir, même avec un scénario un peu mince comme celui de « Chappie ». Tu noteras qu’hormis l’évolution de Chappie et de sa « famille », je n’ai pas mentionné le scénar, pas plus que le personnage de Jackman et même celui de Patel pas bien épais non-plus. 😉
      En fait, je préfère qu’il y ait une petite dimension rigolote comme dans « Short Circuit » ou « Johnny Five », ou le personnage de Data dans « Star Trek ». J’ai un peu trouvé ça dans « Chappie », qui au final est plus un film d’ambiance qu’autre chose. Mais quand j’ai vu des films comme « Automata », « I, Robot », ou la série « Real Humans » ou que j’ai lu les scènes consacrées aux gholas dans « Dune » j’ai complètement flippé. Le titre de « Genesis » me dit quelque chose, en effet… Je retiens le conseil. 🙂 Mais je le lirai après avoir lu quelque chose de léger car là, je termine un livre un peu dur… Sur ce… Je vais fignoler mon article de demain! Bonne nuitée! 🙂

      Aimé par 1 personne

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