Le classique parmi les classiques – « Dracula » (Bram Stocker)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Nouveaux venus sur le blog,

Me voici de retour pour une chronique littérature dédiée à un véritable monument de la littérature fantastique, un classique. Après Le Portrait de Dorian Gray du brillant Oscar Wilde et les Histoires Extraordinaires du tourmenté Edgar Poe, laissez-moi vous présenter l’oeuvre qui popularisa le mythe du vampire: Dracula, de Bram Stocker (1897), maintes fois adapté sur grand écran depuis l’invention du cinéma. On en a vu des versions de plus ou moins bonne facture (personnellement, je ne trouve pas que le Nosferatu de Werner Herzog mérite les louanges qu’on en a faites, car l’histoire n’a ni queue ni tête et tout y sonne creux… d’autant plus que les libertés prises avec l’histoire originale font vraiment mal! Ce n’est que mon avis!), axées sur la poursuite du monstre, sur l’érotisme ou la romance.

Mais comme depuis quelques années, entre Anne Rice et Stephenie Meyer – et autres joyeusetés, les vampires semblent avoir le vent en poupe, il me paraissait intéressant de revenir sur cet ouvrage qui a marqué des générations.

  • L’histoire

Vers la fin du XIXe siècle, le jeune Jonathan Harker, clerc de notaire, quitte son bureau en Angleterre pour s’enfoncer au fin fond de l’Europe de l’Est, dans des contrées sombres et sauvages où l’on entend les loups hurler et dont les habitants semblent effrayés par quelque force obscure. Son but: se rendre au chateau du compte Dracula, pour signer la vente d’une vieille demeure sur le domaine de Carfax. D’abord fasciné, Jonathan est peu à peu inquiété par le propriétaire des lieux qui, il en a l’impression, le retient prisonnier. Livré à lui-même dans cette immense demeure, il y fait de sombres découvertes qui dépassent son entendement, alors que le comte se prépare pour un voyage vers l’Angleterre…

Pendant ce temps, en Angleterre, sa fiancée Wilhelmina dite Mina Murray, institutrice, tente de mener une vie sereine et insouciante, auprès de sa riche amie Lucy Westenra, la coqueluche de tous les hommes qui l’entourent – en particulier son fiancé lord Goldaming, le Texan Quincey P. Morris et un amoureux malheureux, le docteur John Seward qui dirige un asile d’aliénés. L’intelligente Mina se fait du souci pour son fiancé dont elle n’a plus de nouvelles, d’étranges événements suivent l’arrivée du navire Demeter en Angleterre. La belle Lucy tombe gravement malade, tandis que l’un des patients de Seward, Monsieur Renfield, montre de plus en plus de signes d’agitation – il annonce la venue d’un maître, d’un comte qu’il adore et qu’il faut craindre. Désespéré par l’état et déconcerté par les symptômes de celle qu’il aime, John Seward fait appel à un confrère renommé, le Docteur Abraham Van Helsing. Celui-ci, hargneux et déterminé à se battre contre les forces du mal, découvre qu’en Lucy s’opère une étrange transformation qui fait d’elle une créature abominable, du fait du légendaire comte Dracula: un vampire. Pour mettre fin aux agissements dangereux de la jeune femme, Van Helsing, Seward, Goldaming et Quincey se voient obligés de l’éliminer.

Commence alors une lutte sans merci contre Dracula, à travers l’Angleterre et l’Europe, dont Van Helsing, Seward, Quincey, Goldaming, Jonathan Harker revenu de son « exil » en Translyvanie, et Mina qu’il épouse à son retour et qui est pistée par le vampire, sont les principaux acteurs.

  • Le mythe du vampire
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Portrait de Vlad Tepes, qui a dû inspirer le look de Gary Oldman dans le Dracula de Coppola – Source: Wikipedia

À la base, les vampires sont censés être des créatures absolument répugnantes, entre la vie et la mort, qui pour survivre dans leur état, doivent se nourrir de sang. Différences créatures de ce genre existents dans différentes mythologie, comme la lamie (lamia) des anciens Romains. Des figures historiques ont également contribué à la construction de ce mythe… dont celui qui donne son titre au roman de Bram Stocker.

Vlad Tepes (1431-1476) ou « l’Empaleur », fut un prince de Vallachie issu de la dynastie des Drăculea. Sa réputation de cruauté (il serait un des premiers dirigeants à comprendre les ressorts de la « guerre psychologique », et aurait organisé des exécutions de personnages de haut rang particulièrement spectaculaires) en ont fait le modèle, plus tard assimilé au personnage du comte vampirique lui-même – notre ami Dracula. Il est également possible que Stocker se soit inspiré de l’un de ses amis, l’acteur shakespearien Sir Henry Irving, pour élaborer son personnage.

Si la littérature s’est intéressée bien avant Bram Stocker aux vampires comme figures de roman, les histoires de vampire ont pris leur essor au XVIIIe siècle, pendant les guerres entre l’Autriche et la Turquie, alors que circulaient des rumeurs de soldats morts sortant de leur tombe et terrorisant les campagnes. Le vampire est tout sauf « sexy ». C’est au XIXe siècle qu’il prend cette apparence qui nous est si familière – corps froid, teint pâle, souvent séducteur – dans des nouvelles et des romans. Ils sont souvent pervertis et sadiques, mais d’autres auteurs en font des figures tourmentées, de vrais damnés à qui, de par leur nature, le Royaume de Dieu serait obligatoirement refusé. Ce n’est certes pas encore Lestat, mais le vampire de Bram Stocker est autant à plaindre qu’à condamner – en effet, Mina n’a de cesse de rappeler qu’elle a pitié de cette créature traquée et condamnée à l’Enfer.

Dracula n’est bien sûr pas que cela. Dans le roman, il est dépeint comme un scientifique – alchimiste en son temps – et Jonathan Harker, qui visite sa bibliothèque, le voit comme un homme de culture. Mais sa nature particulière l’a doté de pouvoirs surnaturels et semble avoir donné à son intelligence une dimension instinctive, animale. Ce qui en fait un adversaire redoutable et résistant… mais qui le rend prévisible comme une bête. Outre sa cruauté, c’est aussi un être traqué pour ce qu’il est, damné, rejeté de Dieu, à qui les portes du Paradis seront à tout jamais fermées. Il fait donc, malgré l’atrocité de ses actes et la mort de sa meilleure amie Lucy, l’objet de la pitié de Mina quand bien même celle-ci participe à sa traque.

  • Un roman d’une étonnante modernité

Si Dracula fait appel aux goûts victoriens pour le folklore européen, les légendes sombres et le morbide, il n’en est pas moins d’une modernité surprenante.

J’aime la littérature de l’imaginaire et la littérature en général, mais c’est un des rares romans « anciens » à m’avoir surprise de la sorte, tant, outre son thème fantastique, il est riche. Tout d’abord, le parti pris narratif est extrêmement intéressant, puisqu’il nous balade entre les points de vue des différents personnages à travers leurs journaux intimes (Jonathan et Mina Harker, le docteur Seward…) et les lettres qu’ils échangent. Leurs méthodes pour garder leurs pensées sont d’ailleurs… assez inattendues. Puisque Mina tape son journal à la machine et le docteur Seward s’enregistre sur cylindre – l’une des premières technique de reproduction de sons. En effet, l’histoire a pour arrière-plan cette Angleterre de la fin du XIXe au sommet de sa révolution industrielle, empreinte d’un esprit positiviste qui voit dans les progrès technologiques un moyen d’améliorer la vie quotidienne, et avide de nouveautés et de curiosités. Il y a donc un mariage entre des motifs traditionnels et fantastiques, et un contexte de rationalité et de progrès technologique (ne serait-ce que dans les moyens de voyager rapides qui permettent la traque de Dracula à travers l’Europe) tout à fait intéressant.

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Couverture de l’édition au Livre de Poche – Source: Amazon.fr

Le motif du vampire « sexy » y est également abordé avec l’apparition des épouses de Dracula dans le château de celui-ci, quand les trois femmes, sensuelles et dangereusement belles, approchent Jonathan lors de sa captivité. Dracula lui-même n’est pas exempt d’une certaine séduction, mêlant raffinement et bestialité. Aussi, si l’érotisme n’est pas vraiment explicite pour un lecteur de notre temps qui aura lu Fifty Shades of Grey (personnellement, je ne l’ai pas lu… après être tombé sur un extrait qui m’a plus fait penser à un manuel technique qu’à un truc vraiment sexy), il est tout de même présent par allusion.

Outre ces éléments, le traitement des personnages et la plongée dans leurs pensées donne plus de profondeur à leurs personnalités et à leurs interrogation. Et pour un livre écrit par un homme de l’époque victorienne, j’ai apprécié la force de caractère et l’intelligence de Mina. Qu’on se le dise: elle n’est pas cette gentille fille douce qui ne sert qu’à attendre le fiancé parti à l’aventure dans les ouvrages de Jules Verne. Elle a un cerveau, réfléchit et prend part à l’action malgré son état de santé – elle est mordue par Dracula et lutte contre une inévitable transformation. Elle a bien sûr ce petit côté doux et maternel, notamment quand elle console Seward qui éclate en sanglots après la mort de Lucy, que l’on pensait naturel aux femmes à cette époque lointaine, mais il est gardé dans de justes proportions, ce qui permet de faire de Mina une figure féminine consistante dans la littérature du XIXe siècle produite par des auteurs masculins.

  • Conclusion

Inutile de préciser que ce Dracula est un intemporel, un classique par lequel tout a commencé, qui a une descendance féconde. Parmi les différentes adaptations, comme celles de Murnau, Herzog et autres, je retiendrai celle de Francis Ford Coppola, sortie dans les années 1990 et bénéficiant d’un casting au poil, l’une des plus fidèles – si l’on exclut le côté allumeuse de Lucy qui n’existe pas dans le livre et la romance entre Mina et Dracula, elle aussi inexistante. Mais j’ai trouvé l’ambiance et l’intrigue du livre tout à fait captivantes, tout en contrastes. L’oeuvre oppose des thèmes comme la superstition et la science, entre la logique et la folie, des environnements diamétralement opposés comme les contrées sauvages de Transylvanie et la technique domestiquée de la capitale anglaise. Tout cela est mêlé de façon extrêmement habile par l’auteur qui nous emmène dans un voyage enivrant des somptueuses demeures d’Angleterre jusque dans les forêts et les châteaux désolés d’Europe de l’Est.

On pourrait croire cette oeuvre, compte tenu de sa date de parution, vieillotte et même vieux-jeu, mais il n’en est rien. Stocker a su créer des personnages complexes et attachants, et même mythique – outre Dracula, je pense à l’impertinent docteur Van Helsing. Je pense même qu’après des années de séries et autres livres consacrés aux vampires dont je ne suis pas particulièrement friande – même si j’ai lu les Twilight – revenir aux sources apporterait un peu de fraicheur salvatrice, ainsi qu’un nouveau panache à ce sujet maintes fois décortiqué. J’espère donc vous avoir donné envie de redécouvrir, ou de regarder de plus près à une oeuvre classique d’excellente facture.

Et en attendant ma prochaine chronique cinéma ou littérature, je vous souhaite une bonne lecture! 🙂

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Dracula
Auteur: Bram Stocker
Editions: Le Livre de Poche
Collection: Fantastique
604 p.
Parution: Septembre 2009
Prix: 5,90 €

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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