Les robots, l’avenir de l’humanité? – « Autómata » (2014)

« Nul robot ne peut nuire à quelque forme de vie que ce soit
Nul robot ne peut se modifier lui-même ou modifier un autre robot »

466816
Affiche du film – Source: AllôCiné.fr

Titre: Autómata
Année de production: 2014
Réalisation: Gabe Ibáñez
Origine: Espagne, Bulgarie, Etats-Unis, Canada
Durée: 1h50
Distribution: Antonio Banderas, Dylan McDermott, Melanie Griffith, Robert Forster…

J’ai vu récemment ce petit « OVNI » cinématographique à l’ambiance aussi oppressante que fascinante. Il s’agit d’une histoire non d’automate, mais de… robot. Voici donc sur Le Monde de Blanche, pour la première fois, un film de robot, qui plus est un film espagnol, où l’on retrouve Antonio Banderas, avec une coupe à la Zidane, dans le rôle principal.

  • Le contexte

Au XXIe siècle, une éruption solaire endommage durablement les télécommunications et les installations électriques de la terre, ainsi que les centrales nucléaires, transformant le monde en un vaste désert radioactif, où les survivants, seulement vingt-et-un millions, s’entassent dans une citée fortifiée. La société de robotique ROC a mis au point des droïdes pour aider à la construction et à l’entretien de la forteresse censée protéger la population des radiations. Des robots sont les Pilgrim 7000, qui suivent un protocole strict: celui-ci leur interdit de nuire aux êtres vivants, et de se modifier eux-mêmes. Ils ne peuvent donc s’auto-réparer et dépendent largement des humains pour cela.

Le film s’ouvre donc en 2044, alors que la cité est tenue par le tout-puissant ROC quand certains habitants vivent dans un ghetto hors des murs de la cité, exposés aux radiations du désert… tandis que technologiquement, l’humanité a complètement régressé. Exit internet et le Wi-Fi, ce n’est que câbles partout, grosses consoles couvertes de boutons, et bandes de papiers comme on en voyait sortant des ordinateurs de Cosmos 1999.

  • L’histoire

Dans la première scène, un agent du ROC, Wallace (Dylan McDermott), assiste à un étrange spectacle: il surprend un Pilgrim 7000, qui, caché, effectue des réparations sur lui-même, alors que ceci lui est normalement interdit, et même impossible. Jacq Vaucan (Antonio Banderas), agent d’assurance pour le ROC, vient enquêter sur cet étrange cas. Il découvre alors que la batterie du robot a été modifiée, et part enquêter dans les alentours de la muraille où officient des robots. Quand il surprend un robot en train de voler du matériel pour se « customiser », le droïde, se sachant découvert, s’immole. Vaucan ne peut donc que constater que des robots adoptent des comportements anormaux. Malgré l’avis de son supérieur Robert Bold (Robert Forster), il part donc, accompagné par Wallace, à la recherche d’un « horloger » – une sorte de traficoteur de robots –  dans le ghetto. Ils font la rencontre de Cléo, un robot « féminin » destiné au plaisir, dont ils notent le comportement anormal.

238271
Vaucan et Dupre dans le laboratoire de la savante – Source: AllôCiné.fr

De plus en plus méfiant envers ses employeurs, Vaucan fait appel aux services d’une chercheuse en robotique, Dupre (Melanie Griffith), qui parvient à faire parler le biokernel (cerveau cybernétique) modifié, et qui constate les grandes capacités d’apprentissage du robot Cléo. Alors qu’elle la montre à Vaucan en train de s’auto-réparer, son laboratoire est attaquée, et l’experte est abattue. Vaucan parvient à s’enfuir, aidé par Cléo. Dans une voiture pilotée par la droïde, poursuivi par les assaillants du labo, il gagne le désert, hors de la muraille protectrice de la cité. Mais la voiture fait un tonneau. Lorsqu’il reprend conscience, Cléo, en compagnie de trois autres robots, commence à prendre soin de lui. Ils l’entraînent alors dans leur repère, au fond du désert. Il les suit pour découvrir le cerveau qui se cache derrière la modification des robots.  Pendant ce temps, les collègues de Vaucan se lancent sur ses traces…

  • La place du robot et de l’humain dans un monde post-apocalyptique

De nombreux livres (des auteurs comme Asimov, notamment, que je n’ai malheureusement jamais lu) ou films explorent cette thématique, celle des robots qui contournent les lois de la robotique et deviennent conscients d’eux-mêmes, développent des capacités de réflexion et d’émotion, ainsi que la volonté de devenir l’égal de l’Homme. Nous avons quelques exemples connus, comme Sonny dans I, Robot, ou Data dans Star Trek: Next Generation, qui aspirent à être considérés comme des individus, à ressentir et à exprimer la même chose.

La réflexion est poussée beaucoup plus loin dans Autómata, où l’humanité est au bord de l’extinction, parquée dans des cités sous peine de mourir irradié dans le désert. Situation qui pèse beaucoup à Vaucan, le personnage interprété par Antonio Banderas, bien que faisant partie du « système » de par son appartenance au ROC dans cette société post-apocalyptique. En effet, celui-ci a parfois des réminiscences du passé avant la catastrophe, et regrette ce monde où il n’avait pas à vivre confiné. Ceci lui est d’autant plus pesant que son épouse, Rachel (Birgitte Hjort Sørensen), attend un enfant et qu’il s’inquiète du monde que va découvrir sa progéniture. Il court d’ailleurs un risque énorme en suivant les robots dans le désert… car ce monde est devenu terriblement inhospitalier, et ce pour des milliers, voire des millions d’année.

248799-2
Cléo – Source: AllôCiné.fr

Dans un tel contexte, les robots ont un rôle de protecteurs et de serviteurs de l’espèce humaine, en effectuant des travaux trop dangereux pour elle. Ils ne sont pas sensibles aux radiations, ne tombent pas malades et ont une plus grande longévité. La réflexion du réalisateur et du scénariste va donc plus loin que cette simple prise de conscience des robots qui voudraient vivre en bonne intelligence avec les êtres humains et éprouver les mêmes choses qu’eux – Cléo a des sentiments pour Jacq Vaucan.

Au risque de spoiler ou de trop en dévoiler, j’évoquerai une scène entre Vaucan, assistant aux manipulations des robots dans leur repaire, et le leader des droïdes, au cours duquel celui-ci lui explique ses motivations quant à la modification des robots. Il s’agit en fait de perpétuer l’héritage des humains dans un monde où ceux-ci sont en voie d’extinction, par une migration des robots et la colonisation par eux de territoires hautement irradiés. Ainsi la pensée, les émotions et les capacités humaines pourraient se perpétuer à travers une création artificielle, et non par des êtres de chair et de sang. Les robots sont-ils censés être plus sages que leurs créateurs originels?… L’histoire ne le dit pas.

  • Un film d’ambiance
243662
Vaucan à la recherche de « l’Horloger » – Source: AllôCiné.fr

Outre sur cette histoire de robot et de poursuite dans le désert, on ne peut pas dire que le film ait un vrai suspense et la fin n’est pas vraiment surprenante. Il doit donc une grande partie de son efficacité à son atmosphère si particulière. De bout en bout, le spectateur se sent oppressé, voire écrasé, par les espaces confinés où évoluent les personnages dans la cité, qu’il s’agisse d’appartements ou de bureaux, soit sombres soit éclairés au néon, bas de plafonds, avec de larges consoles pleines de câbles et de boutons en tout genre. Et s’il n’y avait que cela, l’immensité du désert environnant, sans couleur, vaguement blanc-gris, écrasé de soleil et déprimant au possible, ajoute à cette terrible sensation d’écrasement.

L’ensemble est emprunt d’une certaine mélancolie, avec son personnage principal qui cherche à se raccrocher à ses souvenirs d’enfance, dans des temps plus heureux où il n’était pas dangereux de sortir, pour peu à peu acquérir la certitude qu’il ne les retrouvera jamais et que son enfant à naître ne verra jamais l’océan et courir pieds nus sur la plage.

Quant à la régression technologique, elle a pour résultat une esthétique rétro tout à fait déroutante, quand des films de science fiction récent nous ont habitué à des décor minimalistes donnant l’impression que chaque humain du futur vit ou travaille dans un espace conçu par un designer.

  • Conclusion – A voir, par curiosité…

A dire vrai, les histoires de robot ont plutôt tendance à m’angoisser – sans doute parce que le premier film de robots que j’aie vu était Terminator (encore aujourd’hui la scène finale du buste du Terminator coupé en deux rampant derrière Sarah Connor dans l’usine m’angoisse au plus haut point – rien qu’en écrivant ça, je suis obligée de regarder derrière moi, dites donc!). Autómata émet l’hypothèse quelque peu inquiétante que si l’humanité venait à disparaître dans un futur assez proche, les robots pourraient prendre le relai. J’avoue que tout cela me fait assez froid dans le dos. La scène de Vaucan qui embrasse Cléo m’a carrément dégoûtée.

219413
Vaucan face à Cléo – Source: AllôCiné.fr

Sûrement un instinct de préservation, comme l’animal que je suis – puisqu’après tout nous ne sommes que de grands singes! – qui ne veut pas voir ses semblables disparaitre, qui aimerait que des humains, naissent, vivent, respirent, rient, pleurent, aiment, fassent l’amour, se reproduisent et meurent indéfiniment. Que cette part organique et charnelle reste. C’est très con et primaire dit comme ça, mais je considère l’être humain, dans toute sa bêtise et sa faiblesse, comme une espèce à protéger au même titre que les baleines ou les loups. Et j’avoue que chaque démonstration d’androïde made in Japan me fait froid dans le dos. Un être cybernétique programmé que l’on tente de faire ressembler à l’humain me paraît assez flippant comme ça, alors si en plus ils dépassaient le créateur! Mais c’est un avis personnel. Quand bien même cette idée fait un peu peur, les robots comme héritiers des humains me semblaient une idée assez intéressante pour un scénario de science fiction, et je suis quelque peu restée sur ma faim quant au traitement quelque peu superficiel et naïf de la question.

Cependant, le film, loin de certains poncifs hollywoodiens, se laisse regarder, car son ambiance le rend pour ainsi dire hypnotique, dangereusement fascinant. Sans compter que j’ai été assez bluffée par le jeu d’Antonio Banderas dans un registre très inhabituel, loin des Zorro, des films d’Almodovar ou d’autres archétypes du beau gosse hispanique. Il est crado, miteux, amer et parfaitement crédible dans son rôle. Je le conseille donc aux curieux et à des gens qui, plus que moi, se passionnent pour les histoires de robot. Vous passerez un très bon moment… En revanche, je vous conseille d’être en forme pour ne pas sombrer dans la neurasthénie après le visionnage!

Blanche Mt.-Cl.

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.