Fantastique et Histoire pour la jeunesse: « La Grande Croisade » (2006)

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Affiche – Source: Wikipedia Commons

Titre: La Grande Croisade (Connu aussi sous le titre La Croisade en jeans – Kruistocht in spijkerbroek)
Année de production: 2006
Réalisation: Ben Sombogaart
Origine: Belgique, Pays-Bas
Durée: 2h05
Distribution: Johnny Flynn, Emily Watson, Stephanie Leonidas…

En ce mercredi, alors que certains enfants et ados sont en vacances scolaires, me voici de retour avec un film d’aventures qui, s’il n’est pas considéré comme une oeuvre majeure, n’en reste pas moins un petit opus qui ravira jeunes et moins jeunes: La Grande Croisade, réalisé en 2006 par Ben Sombogaart. Développons un peu le pitch, car il y a beaucoup à dire…

  • L’histoire

Le jeune Dolf Vega (Johnny Flynn) est un petit prodige du foot qui joue en équipe nationale junior. Il vit avec sa  mère, Mary Vega (Emily Watson), chercheuse. En effet, celle-ci travaille dans un laboratoire de Rotterdam où elle effectue les premiers tests réussis de voyage dans le temps. Elle passe des heures au boulot, laissant souvent Dolf livré à lui-même. Les choses basculent pour lui quand, lors d’un championnat de foot à Speyer, il rate un tire décisif, qui conduit à l’élimination de son équipe. L’adolescent supporte mal cette défaite dont il se sent responsable, mais quand il s’en ouvre à sa mère, celle-ci lui répond qu’il ne s’agit que d’un match et qu’il se rattrapera au prochain championnat. Mais Dolf ne l’entend pas de cette oreille. Il décide de réparer son erreur: à la faveur de la nuit, il vole le passe du labo de sa mère et quitte la maison. Il passe le contrôle de sécurité et ayant plusieurs fois assisté aux expériences de sa mère, prend les précautions nécessaires en prenant un bocal de pillules censées préserver son intégrité physique durant son court séjour dans le passé. Avant d’être pris par la sécurité du laboratoire, il parvient à monter dans le téléporteur temporel et disparaît…

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Jenna et Dolf – Source: Kino.de

Mais Dolf réalise bientôt que dans la précipitation, il a fait une fausse manoeuvre… Il se retrouve en pleine forêt où une jolie brunette au tempérament explosif le sauve de justesse d’une bande de maraudeurs qui en avaient après ses étranges habits. La jeune fille, Jenna (Stephanie Leonidas) invitant Dolf à la plus grande prudence sur la route, lui propose de se joindre à elle et à quelques gamins, pour rallier la Croisade des Enfants. Car si Dolf est bel et bien arrivé dans les environs de Speyer, il a débarqué en 1212, en pleine période des croisades. Dolf refuse l’offre de Jenna et attend sur place la réouverture du couloir temporel douze heures plus tard, afin de rentrer chez lui. Mais un orage violent l’en empêche. Par la force des choses, il retrouve Jenna et rallie les millers d’enfants allemands et néerlandais en route à travers l’Europe. Outre par ses étranges vêtements du XXIe siècle qui le font passer pour un excentrique, il se fait remarquer en sauvant de la noyade un certain Carolus (Jake Kedge) et en demandant audience à Nicolas de Cologne (Robert Timmins), le garçon qui dirige la croisade, pour améliorer le quotidien des enfants qui souffrent de la faim et des maladies. Il découvre que les jeunes nobles croisés vivent dans des tents somptueuses et dînent de mets succulents. Mais il trouve une oreille attentive en Carolus, le jeune homme qu’il avait sauvé et qui se révèle être un jeune prince du nord de l’Allemagne. Ils deviennent très vite amis, et Dolf peut affirmer ses qualités de leader – il négocie pour obtenir des vivres, il se sert des connaissances du XXIe siècle pour endiguer une épidémie et n’hésite pas à se mettre en danger physiquement pour défendre tous ces gens auxquels il s’attache. En particulier Jenna et Carolus. Mais il est souvent en butte à l’autorité du père Anselmus (Michael Culkin), le conseiller et mentor de Nicolas, dont les motivations ne lui semblent pas très claires, surtout qu’il n’hésite pas à donner des enfants en otage aux chefs locaux pour passer à travers la forêt helvète…

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Dolf et le fidèle Carolus – Source: Kino.de

Pendant ce temps-là (si je puis me permettre l’expression) au XXIe siècle, Mary Vega, la mère de Dolf, perd son travail suite aux incartades de son fils. Mais avec l’aide d’un collègue, elle mène de véritables recherches historiques, pour trouver la trace de son fils dans le passé: elle prend alors connaissance d’un jeune héros de la Croisade des Enfants, et grâce aux renseignements accumulés, parvient à lui faire parvenir, à intervalle régulier, des messages et des pilules pour le garder en vie. Car si le séjour dans le passé se prolonge, Dolf pourrait en mourir…

  • L’Histoire en toile de fond

Voici un film d’aventure somme toute assez captivant, mélangeant paysages magnifiques de montagne et de forêt, fantastique et science-fiction – l’enjeu du voyage dans le temps en particulier – adressé aux enfants, que même des plus grands pourront apprécier. En effet: quel enfant passionné d’histoire et amoureux d’une période en particulier, n’a pas rêvé de voyager dans le temps pour voir vivre les pharaons ou les chevaliers, et même participer à leur quête? 🙂 C’est l’aventure que vit le jeune Dolf d’abord malgré lui, avant de prendre à coeur ces événements. Car il assiste à un événement historique avéré, la Croisade des Enfants, initiée en 1212.

Elle compte parmi les croisades dites « populaires », menées d’abord par des gens « du peuple » pour délivrer Jérusalem. Plusieurs cortèges sont partis, l’un de France et l’autre d’Allemagne, dirigé par un jeune berger de la région de Cologne, Nicolas, âge de quatorze ans grand maximum. Il affirmait avoir eu la vision d’un ange lui enjoignant de partir avec des enfants pour délivrer Jérusalem. Le cortège traverse l’Europe et à la lisière des Alpes, les rangs des pèlerins ont considérablement grossi. On en perd trace à Gênes, où il semble s’être dispersé. Mais contrairement à ce qui est montré dans le film, le gros de ces croisés était constitué de paysans pauvres plus que d’enfants. Mais dans la culture populaire, l’image de milliers d’enfants parcourant les routes en direction de la Terre Sainte est bien plus émouvante, et offre des ressorts dramatiques capables de toucher les plus jeunes dans la fiction. D’autant plus que La Grande Croisade est l’adaptation du roman pour enfant éponyme paru en 1973…

  • L’aventure et la découverte
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Anselmus et Nicolas de Cologne attendant que la mer s’ouvre pour marcher jusqu’en Terre Sainte – Source: Cinema.de

Outre les faits historiques intéressants, on assiste à une véritable aventure humaine. Le jeune Dolf, adolescent certes habitué au confort de la vie moderne, mais livré à lui-même et très solitaire, va connaître non seulement la misère la plus atroce, au milieu d’enfants et d’adolescent fuyant la pauvreté, ou dans le cas de Jenna un mari imposé. Tous forment une sorte de famille de substitution au sein de laquelle Dolf va faire l’expérience du partage, de l’amitié, de l’amour, au-delà des messages du christianisme, puisque les religieux comme Anselmus sont dépeints comme exploitant la naïveté, la foi et l’innocence des enfants pour leurs intérêts personnels. C’est contre cette injustice, et contre les inégalités entre les jeunes pèlerins eux-mêmes que va s’élever notre jeune croisé en jean, quitte à désobéir aux consignes et à se mettre en danger de mort, ce qui le rend populaire parmi les enfants dont il prend soin.

J’ai trouvé son personnage extrêmement touchant. Sa réaction face à sa défaite peut paraître excessive et puérile, d’autant plus que son acte a des conséquences terribles pour sa mère en particulier. Mais bon le gamin n’a pas de père, et son seul parent, sa mère, n’est jamais là pour lui! Sa solitude fait vraiment peine à voir, on en prend toute la mesure en réalisant que sa mère ne comprend pas que son match lui tenait à coeur – alors que Madame ne cesse de rabâcher que son job est important! C’est donc l’histoire d’un conflit avec les parents, comme on en a tous connu… Ce sont en même temps tous ces éléments qui nous le rendent plus humain, qui permettent de nous identifier à lui.

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« Mars, et ça repart… » Dolf faisant découvrir la barre chocolatée à ses petits compagnons de « calvaire » (ah le mot d’esprit!) – Source: Kino.de

Il suit par ailleurs un parcours qui le fait évoluer, puisqu’il est amené, durant cette croisade qu’il considère d’abord avec ironie, à se préoccuper d’autres que de lui-même, à s’ouvrir aux autres, à se faire entendre. En un sens, il mûrit… et ses coups de gueule donnent parfois lieu à des situations vraiment amusantes, anachroniques. Quand par exemple il réclame le droit auprès des nobles d’une grande cité allemande de pouvoir nourrir les enfants quand les jeunes croisés nobles et Nicolas sont accueillis à la table des seigneurs, et reçoit l’autorisation de prendre ce qu’il trouve jusqu’à l’aube, on assiste à une scène d’ANTHOLOGIE. Dolf négocie chez un boulanger le droit d’emporter tous les pains que lui et les enfants auront fait à l’atelier pendant la nuit en échange de son iPod sur lequel il joue « We Will Rock You » (petit clin d’oeil à Chevalier?). De même quand il apprend aux enfants à jouer au foot, au grand dam d’Anselmus et de ses sbires qui feront tout pour se débarrasser de lui, mais avec le soutien indéfectible de Jenna et Carolus…

Outre l’évolution de Dolf, on assiste aussi à la prise de conscience de sa mère qui fera tout pour le retrouver et l’aider, pour finalement se réconcilier avec lui et parvenir à le comprendre dans une des dernières séquences du film (mais je ne vous en dirai rien, car là, elle fait preuve de BEAUCOUP de compréhension!). C’est donc aussi un film sur les rapports parents-enfants, parfois difficiles et sur le besoin de repères, et surtout d’affection chez certains jeunes gens.

Enfin, et ceci n’est pas le moindre attrait de ce film, il nous offre toute une galerie de personnages secondaires sympathiques comme le très fidèle et valeureux Carolus, la jolie et tempêtueuse Jenna qui n’hésite pas à servir une décoction laxative à Anselmus pour l’effrayer et l’obliger à arrêter le cortège pour soigner les malades, l’illuminé mais trop malléable Nicolas. Tout comme Dolf, on ne peut que s’y attacher! S’y ajoute le très intéressant père Thaddeus (Benno Fürmann), une sorte d’intellectuel qui accompagne les enfants et écrit la chronique de ce qui se passe entre eux. Thaddeus entretient une relation particulière avec Dolf, essayant de savoir qui il est et d’où il vient, et va bientôt comprendre que ce garçon vient de vraiment loin, mais ne va jamais l’accuser de sorcellerie. C’est d’ailleurs grâce à ses écrits que Mary Vega retrouve la trace de son garçon au Moyen-Âge!

  • Conclusion
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Dolf apparaissant à l’aube avec des vivres sous les yeux du père Thaddeus… – Source: Kino.de

Voici donc un film qu’en tant que jeune adulte, j’ai beaucoup apprécié et que je conseillerais aux plus jeunes. Honnêtement, je n’ai pas vu ses deux heures passer tant l’histoire est riche en rebondissements et en très belles images – paysages de montagne, forêt, cités méridionales sous le soleil. Certains esprits chagrins le regarderont avec dédain et tourneront en ridicule la foi des protagonistes, comme Dolf le fait au début, et voudront croire qu’il s’agit de prosélytisme – ce n’est à mon sens, absolument pas le cas – mais pour ma part j’aime à penser qu’il s’est agi de restituer la mentalité des Croisades et un véritable choc culturel pour Dolf. C’est dans l’ensemble une jolie histoire, celle d’un adolescent qui découvre en lui-même des ressources inattendues, du courage et de la détermination, et devenir un héros. Ce qui a été à tous notre rêve à un moment donné de notre existence!

De plus j’y vois une très bonne initiation à l’histoire en tant que discipline – et ayant fait une partie de mes études en histoire je vais prêcher pour ma paroisse… car si Dolf la vit en direct, il s’avère que sa mère effectue un véritable travail d’historienne pour le retrouver. En effet, l’historien est une sorte d’enquêteur qui peut passer des heures, des jours, des mois dans la paperasse à compulser des documents, recouper des informations, éplucher des écrits, des images, des objets, les ronger jusqu’à l’os pour y trouver ne serait-ce qu’un infime détail significatif. Bien sûr Mary Vega trouve assez vite ce qu’elle cherche, mais l’idée est bien là. Si cela peut éveiller des vocations! 🙂

Bref, un petit film sympa, à regarder à l’heure du goûter!

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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