Voyage interplanétaire avec les Soviets – « L’Etoile du Silence » et « La Planète des Tempêtes »

Avis à tous les curieux avides de culture cinématographique, j’ai l’honneur de vous emmener, ce mercredi, loin des poncifs d’Hollywood… pourexplorer Vénus avec les Soviets! Non pas à travers un seul, mais à travers deux films: L’Etoile du Silence (1960) et La Planète des Tempêtes (1962).
Car si dans les années 60 l’Ouest a produit des classiques de la science-fiction, derrière le Rideau de Fer, on rêvait aussi aux étoiles. D’ailleurs pouvait-il en être autrement pendant cette période de course à l’espace, quand l’URSS faisait encore figure de pionnier? D’ailleurs, quand bien même ils n’allèrent pas sur la Lune, on leur doit les premières images de sortie extra-véhiculaires avec Alexeï Leonov en 1965, et il ne faut pas non-plus oublier qu’ils restèrent à la pointe dans les années 1970 en construisant les premières stations spatiales, travaillant ainsi à l’occupation humaine de l’espace dans la durée. A l’époque où ces deux films furent produits, on commençait à mettre au point des programmes d’exploration, et en 1961, une première sonde soviétique est envoyée vers Vénus…

Mais revenons-en à nos deux films! Je commencerai d’abord par présenter chacun d’eux, avant de faire une sorte de petite critique comparée…

  • L’Etoile du Silence (Der Schweigende Stern)
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Source: Imdb.com

Année de production: 1960
Réalisation: Kurt Maetzig
Origine: Allemagne de l’Est, Pologne
Durée: 1h33
Distribution: Yoko Tani, Ignacy Machovski, Oldrich Lukes, Julius Ongewe…

Alors qu’un groupe de scientifiques arrive s’active sur une bobine magnétique vénusienne découverte en Sibérie, ils découvrent un plan d’attaque et comprennent que la Terre pourrait être attaquée. Sans plus tarder, une équipe internationale sous commandement soviétique est rapidement composée : neuf personnes, réunies pour leurs compétences dans différents domaines – biologie, mathématiques, robotique, médecine, linguistique… –  prend la direction de Vénus. Réunis pour leurs compétences dans différents domaines, ils vont devoir à tout prix régler le conflit et éviter une guerre imminente. Mais après leur atterrissage sur Vénus, ils commencent leur exploration du sol vénusiens et découvrent d’étranges vestiges…

  • La Planète des Tempêtes (Planeta Bur)
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Source : Imdb.com

Année de production: 1962
Réalisation: Pavel Klouchantsev
Origine: Union Soviétique
Durée: 1h12
Distribution: Vladimir Emelianov, Gueorgi Jjenov, Guennadi Vernov…

Trois vaisseaux spatiaux soviétiques quittent l’URSS pour Vénus. Malgré l’explosion de l’un d’entre eux à proximité de la planète, l’équipage des deux autres décident de poursuivre la mission. La seule cosmonaute, Macha, reste en orbite alors que cinq explorateurs et un robot descendent arpenter le sol de cette terre hostile à la recherche de vie extraterrestre… Outre leur découverte d’étranges et leur rencontre avec des créatures pré-historiques, ils se lancent à la recherche de la source des étranges chants qu’ils entendent… et qui obsèdent Allyocha, le benjamin de l’équipage, qui rêve d’une belle Vénusienne.

  • Petite critique comparée

Pour le coup, nous sommes loin, très loin des belles extraterrestres sexy et des « beaux gosses » gomminés au sourire ultra-bright des productions américaines… Mais si nous échappons aux clichés hollywoodiens, nous nous cognons le nez contre ceux du bloc de l’Est, qu’il s’agisse de L’Etoile du Silence ou de La Planète des Tempêtes.

Il y a quelques temps, quand je faisais quelques recherches sur ce film, histoire d’étoffer mon avis sur le premier des deux films, je lisais sur le site de Télérama qu’il n’y avait dedans aucun contenu de propagande. Euh… Comment dire… Sans vouloir remettre en cause l’autorité de Télérama en matière culturelle, je ne suis pas, mais alors pas du tout d’accord! L’Etoile du Silence, s’il se veut un récit d’aventure et d’anticipation, n’en demeure pas moins, à mon humble avis, une oeuvre dédiée à l’édification des masses dans des états totalitaires où la production audio-visuelle devait respecter certains critères. En effet, l’intrigue se déroule dans les années soixante-dix, et nous dépeint un monde quelque peu idéalisé, où la Guerre Froide a pris fin – et bien sûr, la paix mondiale s’est faite sous l’égide de l’URSS. On y retrouve cette image d’humanisme et d’ouverture aux autres peuples, qu’ils soient « de l’Ouest », d’Extrême-Orient ou d’Afrique. En témoigne l’équipe d’exploration internationale, où l’on trouve un mathématicien indien, une  doctoresse japonaise – la seule femme de l’équipage, un cosmonaute soviétique, un pilote allemand, un physicien nucléaire américain, un linguiste ET biologiste chinois, un savant africain (mais je ne me souviens plus de quel pays exactement). Et bien sûr, le voyage se passe merveilleusement bien, il n’y a absolument aucune tension et aucune rivalité entre eux durant le vol vers Vénus. Ils vivent en bonne intelligence à bord du vaisseau, parlant sciences et philosophant allègrement…

De même, dans La Planète des Tempêtes, l’humanisme de l’équipage, à la recherche de cette civilisation vénusienne, est constamment mis en avant, à travers le personnage d’Allyocha, le plus jeune des astronautes, qui parcourt le sol de cet astre hostile, ou explore les profondeurs de ses lacs avec le sourire… Dans plusieurs scène, on l’entend en voix off se posant de nombreuses questions sur les Vénusiens (« sont-ils comme nous? que ressentaient-ils? » etc. …). De plus, il est d’ailleurs tombé amoureux de cet étrange chant, qu’il prend pour celui d’une très belle Vénusienne, et n’aura de cesse de chercher des indices sur ceux à quoi ressemblaient les membres de son peuple. Bref, tout cela reste somme toute très « gentil », et le Soviétique y passe pour un philosophe en puissance.

C’est donc une toute autre époque, et surtout, une tout autre culture que la notre que nous abordons quand nous regardons L’Etoile du Silence et la Planète des Tempêtes

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Trois membres de l’équipage dans L’Etoile du Silence – Source: filmportal.de

Une petite nuance, cependant, concernant le rôle des personnages féminins dans ces deux production. On rit souvent de ces « femmes objets » très attrayantes des productions hollywoodiennes des années 50 et 60, qui, hormis quelques héroïnes du cinéma, occupent des positions subalternes en termes de hiérarchie, et ne servent que d’atout charme ou de love-interest aux héros masculins. Qu’en est-il ici?… Ma foi, j’ai le regret de vous dire que ce n’est pas très différent. N’en déplaise à ceux qui voyaient dans le socialisme triomphant la libération de la femme, les faits sont assez différents du discours officiel. Si dans la propagande la femme était décrite comme l’égale de l’homme, comme une travailleuse, une fonctionnaire avec les mêmes droits, on trouvait finalement peu de femmes dans des potes à responsabilité ou aux plus hauts échelons de la politique en URSS et même en Allemagne de l’Est (j’avais rendu un travail là-dessus à l’époque de mes études). Dans L’Etoile du Silence, le personnage de Sumiko Omidora, est le médecin de l’équipage: c’est donc une femme de compétence, vénérée au Japon et en Chine pour l’exemple d’accomplissement qu’elle représente, mais pas seulement… Il serait malhonnête de dire que son interprète, Yoko Tani, est repoussante. Le médecin de bord est donc une joli femme au milieu de tous ces messieurs qui ont des égards pour elle, en particulier le pilote allemand Raimund Brinkmann (Günther Simon), amoureux d’elle depuis des années et tentant une approche maintenant que la jeune dame est veuve. C’est l’un des sub-plots du film. Et c’est grace à cela qu’on entend un discours « traditionnel » de la femme tout sauf soviétique, quand Brinkmann dit à sa jolie Japonaise qu’elle devra rentrer sur Terre, car elle est faite pour enfanter et donner la vie (!). Ceci dit, elle reste un genre de fantasme féminin – très jolie, très douce, vulnérable au milieu de tous ces messieurs. C’est peut-être aussi un cliché de Japonaise, en plus d’être un cliché de femme?

A ce niveau, je suis assez mitigée également pour La Planète des Tempêtes… En effet, on voit très peu Macha, la seule femme de l’équipage, seule dans sa capsule spatiale, veillant au bon déroulement de la mission et suivant des consignes, qu’elle finira par enfreindre pour sauver les membres de son équipe quand les choses se gâteront un peu trop sur Vénus. Elle a donc des responsabilités, et se montre forte malgré ces quelques séquences de vulnérabilité où le spectateur peut la voir pleurer, toute seule dans son vaisseau… Et surtout elle ne fait pas figure de petite poupée apprêtée comme Sumiko dans l’autre film. Pourtant, la femme reste un objet de fantasme, puisqu’en entendant les chants étranges sur Vénus, le jeune Allyocha songe à une Vénusienne, et l’imagine aussi belle que sa voix. Soviétique et humaniste, oui… Mais encore plus si la demoiselle en face est mignonne, à ce qu’il semble!… C’était « l’instant féministe ». 😉

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Deux cosmonautes transportés par leur robot pour échapper à une coulée de lave dans La Planète des Tempêtes – Source: Cinémotions.com

Outre ces considérations sérieuses, il y a des détails amusants que des spectateurs du XXIe siècle comme vous et moi ne pourront que noter. Notamment au niveau des effets spéciaux… qui ont beaucoup vieilli. Nous dirions cependant la même chose d’un film américain de cette époque, même de super-productions! Une scène en particulier m’a arraché un fou-rire. Et quand je dis « fou-rire », je n’exagère pas. Dans L’Etoile du Silence, lorsque le vaisseau entre enfin dans l’espace extra-atmosphérique, les cosmonautes se retrouvent en apesanteur. L’un deux détache son harnais de sécurité pour quitter son siège et… quand les sangles flottent, on voit NETTEMENT – à dire vrai, on ne voit QUE ÇA – les fils qui les tirent vers le haut. Et pour moi, autre point qui m’a arraché les yeux: l’Indien de l’équipage. On voit que l’interprète est TOUT sauf indien, que c’est même un Allemand grimé sapé comme Nehru. J’avoue que cela m’a énormément amusée… tout comme les rovers, robots et véhicules en plastique argenté de La Planète des Tempêtes, évoluant au milieu d’une végétation luxuriante en carton-pâte avec des plantes carnivores géantes, des coraux multicolores et de gros lézards agressifs…

Et surtout, dans les deux cas: Vénus avait et abritait peut-être encore la vie. De nos jours, à la lumière de ce que nous savons, c’est tout bonnement inconcevable, mais d’après ce que j’ai pu apprendre, de nombreux auteurs de science-fiction avaient imaginé Vénus, de par sa proximité avec le soleil, comme une sorte de paradis tropical avec une flore exubérante. Ce n’est pas tout à fait ce à quoi nos cosmonautes ont fait face dans ces deux films, car la vie abrité sur cette planète est très différente, et l’atmosphère, tout comme les pluies acides de Vénus, sont vraiment inhospitalières pour les êtres humains obligés de garder la combinaison.

  • Conclusion

Et pourtant, malgré le fait que ces deux films aient vieilli et peuvent nous sembler « gentillets » dans leurs propos, il n’en reste pas moins qu’ils sont tout à fait regardables, voire très sympathiques. Elles mettent en lumière un point de vue différent – car nous sommes habitués aux productions américaines et à leur message. Certes, nous n’adhérons pas forcément à la propagande des Soviétiques de ce temps, mais je trouve assez intéressant de jeter un oeil sur leurs productions. Rien que pour cela, je vous conseillerais ces deux films.

D’autant plus qu’ils racontent de très bonnes histoires de science-fiction, certes marquées par le contexte des années 60 (la guerre froide, la course à l’espace, l’obsession soviétique de Vénus), mais efficaces. Malgré les petits « moments philosophiques » évoqués plus haut, j’ai suivi avec intérêt les aventures de ces cosmonautes, me demandant sans arrêt ce qu’ils allaient découvrir sur Vénus, quels dangers ils y affronteraient, s’ils resteraient en vie, arriveraient à rentrer sur Terre… Mention spéciale à La Planète des Tempêtes, sans doute mon préféré des deux. L’intrigue est incroyablement bien ficelée, et – je n’en dirai pas plus sans spoiler – toute la puissance du film réside dans son final, captivant et tout en suspense… en particulier le dernier plan, qui vous fait pousser un: « NON? » J’ai même, je l’admets, été bluffée par cette fin, l’une des fins de film les plus marquantes que j’aie vues à ce jour!

Alors, êtes-vous maintenant prêts à accompagner les équipages soviétiques sur Vénus?… Voyage à vos risques et périls, dont vous sortirez changés!

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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