Guerre Froide et Science-Fiction: Le Jour où la Terre prit Feu (1961)

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Affiche du film (AllôCiné)

Titre: Le Jour où la Terre prit Feu (The Day the Earth Caught Fire)
Année de production: 1961
Réalisation: Val Guest
Origine: Grande-Bretagne
Durée: 1h28
Distribution: Janet Munro, Leo McKern, Edward Judd…

Synopsis: Lorsque les Etats-Unis et l’Union Soviétique procèdent simultanément à une série d’explosions nucléaires, le London Daily Express rapporte de curieux changements climatiques partout dans le monde. Mais lorsque les journalistes creusent un peu plus profondément, ils découvrent que les explosions qui ont frappé la Terre l’on déplacée de son axe, la propulsant tout droit vers le soleil. Alors que la chaleur empire et que les inondations dévastent la planète, que les villes explosent dans le chaos, l’humanité forme un dernier espoir : créer une nouvelle et massive détonation qui pourra ré-équilibrer l’orbite de la Terre ou la détruire à jamais…

Je suis fière, pour cette première critique cinématographique, de vous présenter ce film qui m’a beaucou marquée. Plus que de la science-fiction, il s’agit d’une anticipation sombre et d’une fiction politique dérangeante, profondément marquée par le contexte politique de l’époque. Le Jour où la Terre Prit Feu est sorti pendant la Guerre Froide, alors que la rivalité idéologique entre les Etats-Unis et l’URSS menait à une véritable course aux armements axée sur l’armement nucléaire. Avec l’émergence de nouveaux médias comme la télévision, l’actualité s’invitait dans les foyers avec des images frappantes telles que Krouchtchev tapant avec sa chaussure sur son pupitre lors d’un rassemblement de l’ONU, et répandait la peur de l’Holocauste nucléaire. En effet, avec la bombe A, puis la bombe H, il était possible, par le jeu des représailles, de détruire l’humanité. Le Jour où la Terre prit Feu s’inscrit donc dans cette lignée de films, livres et BD de science-fiction évoquant les conséquences catastrophiques d’un conflit nucléaire.
Mais si vous vous attendez à l’une de ces réalisations kitsch et colorées comme on en faisait à Hollywood dans les années 1950-60, vous risquez d’être un peu déçu… Tout d’abord, c’est un film britannique, plus axé sur un scénario prenant et une ambiance étouffante que sur du grand spectacle et des greluches qui hurlent à plein poumon à la vue d’un monstre.

 

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Stenning arpentant Londres devenue une ville fantôme… Vous pouvez voir le fameux filtre orange. (Voir: carlosnightman.wordpress.com)

Le film s’ouvre sur une séquence apocalyptique: on y voit un homme seul marcher à travers les ruines de Londres, sous un soleil brûlant. Il gagne la salle de presse du London Daily Express. Il s’agit en fait du reporter Peter Stenning. Cette ouverture est d’autant plus impressionnante qu’elle est l’une des seules « colorisées » – le film est en noir et blanc, mais la pellicule est teintée grâce à un film orange qui suggère la chaleur suffocante. Il fait chaud, terriblement chaud. Si chaud que tout, absolument tout, des rubans à encre des machines à écrire à la Bakélite des téléphones, est en train de fondre. C’est alors que le journaliste raconte l’histoire qui l’a mené jusque là…
C’est là que je vais développer quelque peu l’histoire… Attentions aux spoilers! 🙂 Quelques jours auparavant, Stenning, au fond du gouffre après son divorce, passe plus de temps à se saouler qu’à écrire des articles. Désireux de lui remettre le pied à l’étrier, son collègue et ami Bill McGuire qui dirige la rubrique scientifique du Daily Express l’envoie au British Meteorological Office pour enquêter. En effet, d’étranges phénomènes climatiques – hausses de températures, un étrange brouillard de chaleur sur Londres et Brighton – affectent l’Angleterre et le reste du globe suite aux essais nucléaires simultanés organisés par les Etats-Unis et l’URSS. Si les autorités ne lâchent aucune information, Peter Stenning fait la connaissance d’une jeune standardiste, Jeannie, qui craque pour lui au premier regard et promet de lui faire passer quelques tuyaux si elle entend quelque chose d’intéressant.
Bien évidemment, comme le spectateur l’attend, une idylle va naître entre eux, sur fond de réchauffement climatique et de panique généralisée. L’amour donne des ailes à Peter qui retrouve tout l’intérêt qu’il avait pour son job et cherche la vérité. Et c’est grâce à Jeannie que lui et son ami McGuire apprennent que les changements climatiques sont liés à une « nutation », à savoir une déviation de l’axe de rotation de la Terre à cause des explosions nucléaires simultanées. Les spécialistes penseraient cependant qu’après un temps d’adaptation, le climat devrait revenir à la normale. Mais les catastrophes vont en empirant quand un cyclone frappe l’Angleterre et que la Tamise s’assèche. Et les scientifiques eux-mêmes doivent alors faire face à un fait déroutant et angoissant au possible: la Terre n’a pas seulement dévié de son axe, mais aussi de son orbite, et se rapproche inexorablement du soleil… La loi martiale est alors déclarée, l’eau rationnée. A Londres, la bataille pour l’eau fait rage et le marché noir s’organise. C’est grâce à cette ambiance qu’une histoire qui nous ferait aujourd’hui sourire devient prenante.
Les dirigeants du monde décident finalement de faire sauter plusieurs bombes en Sibérie, après qu’un comité d’expert ait déclaré que c’était l’unique solution pour ramener la Terre dans son orbite. Quant à Jeannie, Peter et McGuire, ils attendent avec angoisse le résultat de cette expérience risquée, jusqu’à ce que l’onde de choc secoue le monde entier. Retour sur la scène du début, avec le filtre orange: dans les bureaux du Daily Express, Peter Stenning en haillons dicte un éditorial alors que le téléphone lui fond entre les mains… Le film se termine sur une fin ouverte, très dérangeante, avec un dernier plan frappant, que je vais guère révélée ici. Mais il donne à l’oeuvre toute sa puissance.

 

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La une annonçant la déviation de l’axe de la Terre (Voir: disastermovieworld.com)

Que dire au sujet du Jour où la Terre prit Feu? On ne peut nier les incohérences scientifiques, et j’ai moi-même quelques difficultés à comprendre pourquoi des explosions nucléaires dévieraient la Terre de son orbite. Et je me demande également comment, si la Bakélite des téléphones et les touches des machines à écrire fondent, comment les protagonistes n’ont pas rôti sur place.
Mais malgré ces quelques invraisemblances, l’histoire et le visuel sont très efficace. Le scénario est très bien ficelé, et n’a pas besoin de grands effets spéciaux en renfort. Aussi, chaque représentation de phénomène naturel est sobre et relativement crédible.Hormis les plans larges sur Londres dévasté, on n’assiste pas à des scènes apocalyptiques à grand spectacle comme on en voit dans les films hollywoodiens. Quelques scènes ont également été tournées dans la capitale britanniques, et même dans les locaux du Daily Express sur Fleet Street.
L’histoire est un flashback, et le spectateur suit les pérégrinations de quelques protagonistes dans le microcosme journalistique. Vous n’en savez jamais plus que le personnage principale qui mène son enquête et qui n’a aucune prise sur les enjeux de l’intrigue qui le dépassent. Ainsi, cela fait du Jour où la Terre prit Feu une oeuvre intéressante, un film d’ambiance, entre le film noir et la science-fiction. Stenning apprend les informations au compte-goutte et ne prend jamais parti, même quand il tombe sur une rixe entre partisans et ennemis de l’arme nucléaire. Il n’est pas un héros, c’est un homme avec ses soucis et avec sa mission journalistique qu’il veut mener à bien, un homme auquel un spectateur pourrait s’identifier. Ce n’est pas un gars qui appuie sur un bouton pour sauver le monde, mais un témoin dont la vie est affectée par un contexte extraordinaire et inquiétant. Et pourtant, il continue de vivre et finit par partager son appartement avec Jeannie alors que la température monte…

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Notre Jeannie pas très couverte… (Voir: monstermoviemusic.blogspot.fr)

Et elle monte dans tous les sens du terme, c’est moi qui vous le dis! A l’écran, le résultat de cette romance dans Londres frappé par une vague de chaleur est une sorte d’érotisme un brin poisseux, une sensualité baignée de sueur qu’il est impossible d’imaginer dans des films hollywoodiens de la même époque. Et le sex-appeal de l’interprète de Jeannie, Janet Munro, est bien mis en évidence. J’ai en tête deux plans particulièrement frappants. Le premier est un plan serré sur Jeannie qui regarde Peter par-dessus la baignoire où elle a « mariné » toute la journée en attendant le retour de son compagnon – c’est l’image couramment utilisée dans les programmes télés pour présenter le film. Un autre plan est beaucoup plus « osé » pour l’époque: on y voit Jeannie lascivement étendue sur le lit, le drap cachant à peine ses « attributs ». Je sens que je vous ai rendu le film plus attrayant tout à coup, non?
Quant à la fin du film évoquée plus haut, j’ose à peine imaginer à quel point elle était dérangeante pour un spectateur vivant au temps de la Guerre Froide. Je pense d’ailleurs que c’est ce contexte particulier qui lui a donné toute sa force, outre le fait que l’audience se trouve dans la même expectative que les protagonistes. Le réalisateur a tout de même déclaré à ce sujet qu’il avait superposé un son de cloche dans la scène finale pour la distribution aux Etats-Unis afin de suggérer un happy end, mais il souhaitait garder ce dénouement pour le moins ambigu qui laisse le spectateur avec ses interrogations.

 

Y a-t-il un message dans cette fiction?… J’ai lu dans les quelques critiques que j’ai pu trouver – et il n’y en a pas des masses – que le réalisateur, Val Guest, n’avait jamais clairement pris position pour ou contre l’arme nucléaire, mais une chose est néanmoins certaine: même s’il apparaît que des explosions nucléaires ne peuvent suffire à dévier la Terre de son axe de rotation, et encore moins de son orbite, l’histoire sonne comme un avertissement en un temps où les grands de ce monde aimaient à faire étalage de leur force à coup d’essais nucléaires. Le Jour où la Terre prit Feu joue avec les inquiétudes, et même avec les angoisses de l’époque, avec les questionnements des individus face aux déclarations officielles et aux médias leur faisant savoir que « l’ennemi » pouvait déclencher la fin du monde à tout moment.

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Peter Stenning, Jeannie et Bill McGuire attendant le salut ou la fin… (Voir: theguardian.com)

Les médias sont d’ailleurs au centre du film, avec ces journalistes se battant pour la bonne diffusion de l’information et de la vérité, et non pour le scoop du siècle qui fera vendre leur journal. En termes d’éthique, on ne peut nier qu’ils jouent parfaitement leur rôle. Mais je n’arrive pas à me faire une opinion tranchée sur la chose: s’agit-il de conservatisme montrant à quel point les journalistes devraient prendre exemple sur l’attitude irréprochable des héros du film – ou à une admiration sincère de Guest pour le métier de journaliste. Cet aspect de l’histoire est donc à prendre avec précaution.
Pour ma part, je considère que Le Jour où la Terre prit Feu est une preuve de plus de cette capacité toute britannique à raconter et mettre en scène des histoire captivantes, hors des poncifs hollywoodiens, et à créer de très bon scénarios fantastiques et/ou de science-fiction. Il faut savoir que le Royaume-Uni a produit quelques petites perles comme Le Village des Damnés, ou une série qui cartonne encore aujourd’hui comme Doctor Who. J’ai d’ailleurs noté, par le biais de certaines fictions britanniques, une récurrence du motif de la loi martiale ou de l’état de guerre, de ces mesures extrêmes prises dans des circonstances exceptionnelles. J’avoue me demander s’il s’agit d’une peur toute britannique, présente dans la mémoire collective depuis la Seconde Guerre mondiale, lorsque les denrées étaient rationnées et que des bombes ennemies pouvaient tomber à tout moment de la journée, et d’une autre peur, celle d’abdiquer ses libertés individuelles pour des questions de cohérence et de survie.
Toujours est-il que pour moi, malgré ses moyens limités et ses décors parfois un peu cheap qui pourraient prêter à sourire, et malgré un scénario marqué par le contexte de l’époque, l’atmosphère du Jour où la Terre prit feu est toujours aussi captivante et dotée d’un certain charme. De plus, je ne dirais pas qu’il est actuel, mais avec la résurgence des tensions internationales dans différentes parties du monde, et les déclaration enflammées de certains dirigeants, relayées par la presse, internet et la télévision, nous sommes, nous Terriens du XXe siècle, plus que jamais conscients que ceux qui nous gouvernent cèdent assez facilement à la tentation de jouer à « qui pisse le plus loin » avec leurs voisins, et risquent, du moins au sens métaphorique, de faire prendre feu à notre monde.

 

Je recommande donc ce film à tous les amateurs de science-fiction et d’anticipation à l’ancienne, et je vous laisse avec sa bande-annonce:

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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