Intemporel – « Le Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde

Quand vous dites à vos collègues ou connaissances que vous aimez la science-fiction ou le fantastique, ils vous imaginent immédiatement en geek ou en nerd (personnellement, je n’ai rien contre ça, j’ai moi-même un côté geek que j’ai commence à assumer à l’âge adulte), mais ils ne pensent jamais à des classiques comme les oeuvres de Jules Verne, René Barjavel, Edgar Poe ou encore Oscar Wilde. Cet irresistible et talentueux dandy a écrit l’un de mes livres favoris, un monument de la littérature britannique, et à mon humble avis, l’une des meilleures histoires jamais écrites : Le Portrait de Dorian Gray. Ce livre fascinant a fait l’objet de plusieurs adaptations, dont deux sur lesquelles je vais me concentrer dans cet article : The Picture of Dorian Gray d’Albert Lewin (1945) et Dorian Gray d’Oliver Parker (2009).

Je préfère vous prévenir : cet article évoque des points-clés de l’intrigue, qu’il s’agisse du livre ou des adaptations mentionnées ici !

 

 

  • Un livre extraordinaire (à mon très humble avis)

Le Portrait de Dorian Gray (1890-1891) est le seul roman d’Oscar Wilde. L’histoire se déroule dans l’Angleterre victorienne, au sein de la haute société londonienne – j’imagine qu’un habitué de ce milieu comme Oscar Wilde avait beaucoup à dire sur les occupations, les centres d’intérêts et les habitudes de tout ce beau monde. Je dirais qu’il s’agit d’une version modern du mythe de Faust, que vous connaissez peut-être : il s’agit d’un savant du nom de Faust, popularisé dans la culture européenne par la pièce de Marlowe Doctor Faustus (1592) et par celle de Goethe, Faust (1830). Les deux nous content l’histoire de cet érudit qui conclue un pacte avec le Diable pour atteindre ses objectifs et de retrouver sa jeunesse perdue.

Le Portrait de Dorian Gray commence dans l’atelier du peintre Basil Hallward, lorsque son ami, Lord Henry Woton, remarque une oeuvre d’une beauté exceptionnelle – le portrait d’un jeune homme extrêmement beau. Il insiste alors pour être présenté au modèle, le jeune Dorian Gray. Lors de leur première rencontre, Woton, un véritable hédoniste au cynisme ravageur, enclin à ramener les autres à ses vues, n’hésite pas à complimenter Dorian sur son apparence avantageuse… Avant de le mettre en garde : en effet, sa beauté se fanera un jour et il ne sera plus aussi aimé et mis en avant. Aussi convient-il qu’il profite de sa jeunesse tant qu’il le peut, qu’il jouisse égoïstement de chaque plaisir que lui offre la vie, aussi ignoble soit-il, pour n’avoir aucun regret. Très impressionné par ce discours, Dorian Gray fait le vœu que son portrait puisse vieillir à sa place. Les ennuis commencent alors qu’il décide de suivre les conseils de Woton, et cède à tous ses désirs, peu importe qui il blesse au passage.

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Edition originale du « Portrait de Dorian Gray »

Mais dans sa quête du plaisir, Dorian finit par tomber amoureux – sincèrement amoureux : un soir, alors qu’il arpente les bas-fonds de Londres et entre dans un théâtre miteux, il aperçoit sur scène la plus belle jeune fille qu’il ait vue, la pure Sibyl Vane. Il commence à la fréquenter. Bien qu’ils deviennent de plus en plus proches, il ne lui donne jamais son nom. Et ce même lorsqu’il la demande en mariage. Le frère de Sibyl, James, se méfie cependant du prétendant de sa sœur. Il jure de venger sa sœur si quoi que ce soit de fâcheux devait lui arriver à cause de son fiancé.

Or, Dorian, amoureux et fier, décide de présenter Sibyl à Basil et à Woton, et les invite au théâtre pour la regarder jouer. Mais ce soir-là, la prestation de Sibyl est désastreuse, provoquant les interrogations des deux hommes quant au choix de Dorian. Blessé dans sa fierté et obligé de se rendre à l’avis de ses amis quant au talent médiocre de sa fiancée, il rejoint celle-ci dans sa loge et rompt leurs fiançailles. Il s’en va en abandonnant une Sibyl éplorée et suppliante. Se produit alors un fait surprenant : quand il rentre chez lui, Dorian s’attarde devant son portrait et constate un changement, subtil mais troublant, dans son expression. Domme de la dureté et de la méchanceté. À tête reposée, il réalise la portée de son action et décide de se réconcilier avec Sibyl, qu’il compte bel et bien épouser. Sur ces entrefaites, Lord Henry Woton se fait annoncer chez Dorian et lui apprend la mort de Sibyl Vane : complètement détruite par le rejet de son fiancé, elle s’est suicidée dans sa loge. C’est un tournant dans l’histoire, le moment où tout bascule pour le héros : après cela, il n’aimera plus personne et ne se préoccupera plus que de son propre plaisir, expérimentant toute sorte de pratiques plus ou moins répréhensibles à l’époque ou Wilde a écrit son roman. Au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans la débauche et le « vice », Dorian Gray voit son portrait changer, affecté par un vieillissement rapide et par une laideur terrifiante, jetant à la face de son propriétaire ses péchés et ses tourments. Terrifiés, celui-ci cache le tableau qui l’accuse aux yeux du monde.

Il finit par perdre son dernier ami, le peintre Basil Hallward, alors que celui-ci vient lui réclamer son portrait pour une exposition à Paris, et lui faire la morale quant à son attitude. Dorian lui montre ce qu’est devenu son œuvre, une véritable monstruosité, et lui reproche son terrible destin. Il le tue, et fait chanter un médecin de sa connaissance afin qu’il l’aide à se débarrasser du corps. Dorian finira également par assassiner James, le frère de Sybil, venu pour venger sa sœur et constatant que le fiancé indigne n’a pas pris une ride depuis des années…

Après une vie d’amusement et de débauche, Dorian Gray, probablement blasé et ennuyé, décide de ne plus causer de mal à un innocent, plus particulièrement à sa dernière conquête, Hetty Merton, et commence à adopter une conduite plus « morale », espérant que son portrait retrouvera sa beauté originelle et ne portera plus aucune marque de vice. Contre toute attente, c’est l’inverse qui se produit. Dorian doit alors reconnaître que ses motifs étaient égoïstes. Dégoûté de lui-même, désespéré et souffrant le martyr, il utilise le poignard qui a tué Basil pour frapper son portrait en plein cœur. L’un de ses domestiques, alerté par des cris venant de la pièce où son maitre s’est enfermé, parvient à faire venir des officiers de police qui l’aident à enfoncer la porte. Ils retrouvent le corps d’un homme défiguré, presque décomposé, poignardé en plein cœur… et un tableau. Le portrait d’un jeune homme exceptionnellement beau.

Le Portrait de Dorian Gray n’a pas reçu un accueil positif en son temps. On l’a qualifié d’immoral, d’ « efféminé ». Moi-même, je dois avouer qu’il y a dans cette œuvre une dimension futile – de nombreuses descriptions d’intérieurs richement décorées, de vêtements de prix, d’objets précieux. Sur différents forums, j’ai pu voir que ce point avait agacé certains lecteurs du XXIe siècle… Et pourtant, je trouve que cela colle tout à fait à ce monde superficiel décrit par Oscar Wilde.

  • Adaptations et références culturelles
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Dorian Gray (Stuart Stownsend) dans « La Ligue des Gentlemen extraordinaires »

Le plus génial de mes profs de français du collège nous avait déjà parlé en classe du Portrait de Dorian Gray, et j’avoue avoir été intriguée par le destin de cet homme très beau à l’extérieur mais hideux à l’intérieur, dont le portrait vieillissait à sa place. J’ai appris plus tard que c’était l’une des histoires préférées de ma mère, et j’ai compris certaines références au personnage, en particulier dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (Stephen Norrington, 2003) – qui nous offre, à mon sens, l’interprétation la plus navrante de ce personnage fascinant. Mais ce fut ma première « rencontre » avec ce mythe. Dans cette vision modernisée, Dorian Gray (Stuart Stownsend) nous est dépeint comme un dandy de la fin du XIXe siècle, aux cheveux longs. Il s’avère être un égoïste doublé d’un hypocrite, mais tout dans son apparente décontraction, dans sa gestuelle, ses vêtements, lui donneraient l’air tout aussi branché aujourd’hui… Afin de rester attirant, le personnage a été retravaillé pour coller à nos critères de « beauté » actuels, et représenté comme un summum du brun ténébreux roi de la « cool-attitude ».

C’est peu avant mon vingt-et-unième anniversaire, il y a quelques années, que j’ai eu comme une révélation, quand j’ai vu sur le câble une ancienne adaptation cinématographique du roman, The Picture of Dorian Gray d’Albert Lewin (1945). Ce film somptueux et salué par la critique, met en scène le sombre et impressionnant Hurd Hattfield dans le rôle-titre. J’ai finalement lu le livre peu après, et j’ai été très surprise par la description de Dorian Gray : son innocence au début de l’histoire, sa naïveté, son apparence d’ange blond. Depuis lors, j’imagine Dorian Gray comme une sorte d’éphèbe blond et svelte, avec un visage fin digne d’un portrait florentin de la Renaissance (et ça y est, je me lance dans la description d’œuvres d’art comme ce regretté Oscar Wilde !), dans un costume trois-pièces du XIXe. Aussi quand j’ai entendu parler du Dorian Gray d’Oliver Parker (2009), j’ai eu un peu de mal à me faire à l’idée de Ben Barnes jouant ce rôle. Et j’ai trouvé qu’il passait finalement bien à l’écran.

Mais chaque adaptation a ses spécificités, tout comme l’apparence du personnage principal qui, s’il ne correspond pas point par point à celle du livre original, se doit de rester « belle » aux yeux du public et être assurée par un acteur « beau » pour son époque. Si Hurd Hattfield m’inquiète à l’écran, il était considéré comme beau dans les années 1940.

Mais ce n’est pas tout.

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Dorian (Hurd Hattfield) et Sibyl (Angela Lansbury) dans « The Picture of Dorian Gray » (Albert Lewin, 1945)

Le film de Lewin a été filmé en noir et blanc… hormis pour les plans sur le portrait lui-même, et sur chaque phase de son déclin – le film est alors en couleur, avec des teintes très vives et saturées. Cela est très surprenant, déroutant et surtout, saisissant, même pour un spectateur moderne ! Quant au scénario, il reste assez fidèle à l’œuvre de Wilde, et reprend les personnages principaux tels que Dorian Gray (Hurd Hattfield), Lord Henry Woton (Georges Sanders), Basil Hallward (Lowell Gilmore), Sibyl Vane (Angela Lansbury… Et oui, elle a bel et bien été jeune – et mignonne ! – et a gagné l’Oscar du Meilleur Second rôle féminin pour ce film !) et James Vane (Richard Fraser). La mise en scène est extrêmement classique et harmonieuse, une lumière qui marque les contrastes à l’image, retranscrivant toute la noirceur de l’intrigue. La jeune Angela Lansbury est tout à fait charmante et délicate en tant que Sibyl – à ceci près qu’elle ne joue pas du Shakespeare dans un théâtre miteux, mais qu’elle chante des balades naïves dans un bouge des bas-fonds. Dans une critique du film, j’ai appris un détail important : il s’agit de la statue de la déesse chatte égyptienne Bastet, posée sur une table près de Dorian lorsqu’il pose pour son portrait et formule le vœu qui scellera son destin. C’est l’élément surnaturel qui exauce le souhait du jeune Dorian. Un petit bémol pour moi, cependant : malgré tout le raffinement de l’œuvre et la performance des acteurs principaux, je n’arrive pas à ressentir le malaise et le mal-être du héros. Peut-être la façon de jouer de l’époque ? Mystère.

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Dorian (Ben Barnes) dans « Dorian Gray » (Oliver Parker, 2009)

Quant au Dorian Gray d’Oliver Parker sorti en 2009, il s’agit d’un divertissement agréable – quand bien même il ne révolutionne pas le genre, et n’est pas tout à fait fidèle à l’histoire. Pareillement, si je n’étais pas à l’aide avec le choix de Ben Barnes dans le rôle-titre, j’ai finalement adhéré. Il n’est pas mauvais acteur, et plutôt agréable à regarder, et surtout, il a su rendre la vulnérabilité de Dorian. Sa performance prend en compte l’innocence originelle du personnage, sa peur et son dégoût lorsqu’il réalise qu’il a été beaucoup trop loin. Colin Firth, qui est devenu ces dernières années l’un des plus grands acteurs britanniques connus, campe un Henry Woton convaincant, manipulateur et hypocrite, tandis que Ben Chaplin joue le rôle de Basil. Le casting est donc alléchant ! Certains détails ont été ajoutés dans le scénario, comme les souvenirs douloureux de Dorian et son enfance malheureuse avec un grand-père violent, sa peur d’être né fondamentalement mauvais, son chagrin sincère lorsqu’il apprend la mort de Sibyl… Cela permet une plus grande empathie du spectateur, voire une identification avec quelqu’un censé être un modèle d’immoralité. La mise en avant de sa vulnérabilité le rend plus sympathique à un public du XIXe siècle. Chose également appréciable : cette adaptation ne passe pas sous silence la bisexualité de Dorian Gray, ou l’homosexualité du peintre Basil amoureux de son modèle – voire animé d’une passion destructrice à son encontre. Ils échangent un baiser à l’écran et l’on devine qu’ils partagent beaucoup plus. Ce thème n’est que très discrètement exploré dans le roman, quand le film nous offre quelques moment hot et dénudées avec les nombreux partenaires de Dorian. Autre détail intéressant : la dernière partie du film se passe durant la Première Guerre mondiale – ce qui, après tout, paraît logique si l’histoire commence au début des années 1890. Dorian est à ce moment, de retour d’un tour du monde, et malgré son apparence jeune, son grand âge ne lui a pas permis d’être mobilisé. Quant à sa mort, ma foi, elle est bien plus spectaculaire que dans le roman.

  • Thèmes abordés dans l’histoire

Les deux adaptations cinématographiques ont concentré leur seconde partie sur une seconde histoire d’amour de Dorian Gray. Dans le roman, le lecteur connaît seulement l’existence d’une idylle avec la jeune Hetty Merton, et n’apporte pas la rédemption attendue par Dorian quand il décide de bien se comporter – en effet, elle ne sert que de prétexte. En revanche, aussi bien dans le film de Lewin que dans celui de Parker, l’amour devient la dernière planche de salut pour Dorian Gray. Dans le film de 1945, Donna Reed joue le rôle de Gladys, la nièce de Basil, qui jouait dans l’atelier de son oncle quand Dorian y posait. Elle-même sautait sur les genoux du jeune homme en lui déclarant son amour et en souhaitant qu’il reste aussi beau qu’il l’est pour toujours. Devenue une femme, elle entame une relation avec Dorian qui, sincèrement épris, songe à nouveau au mariage. Il lui laisse finalement une lettre avant de détruire son portrait.

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Dorian Gray (Ben Barnes) et Emily Woton (Rebecca Hall) – « Dorian Gray » (Oliver Parker, 2009)

Dans le film de Parker sorti en 2009, Dorian rencontre la fille de Lord Henry Woton, Emily (Rebeca Hall), une jeune femme progressiste et amatrice de nouvelles technologies – elle traine partout un appareil photographique. Il en tombe amoureux. Si ses sentiments sont partagés, le père s’oppose à cette relation – sachant quelle a été la vie de débauche de Dorian, puisqu’il l’a encouragé. Dorian Gray, de son côté, peine à trouver la paix et ressasse le mal qu’il a causé autour de lui, mais Emily continue d’insister auprès de lui. Alors qu’ils projettent de partir tous les deux, le père en colère fait irruption chez Dorian, et trouve un foulard ensanglanté ayant appartenu à Basil – il comprend ce qui est arrivé au peintre. Et il découvre le portrait affreusement dégradé. Effrayé, il y met le feu avec une lampe à pétrole, après avoir assommé Dorian. Il l’enferme dans le grenier avec le portrait enflammé et ouvre le gaz, avant de tirer sa fille dehors.

Dans les deux cas, c’est une seconde chance pour ce personnage qui, après avoir passé des années à vivre pour lui-même et son plaisir, commettant des crimes au besoin, souhaite partager quelque chose, et connaît le remords. La peur que l’être aimé ne découvre sa part sombre est terrible. En un sens, c’est cette souffrance qui permet au spectateur moderne d’adhérer plus au personnage, et de trouver du réconfort dans l’idée qu’il trouvera la paix auprès de quelqu’un d’aussi rafraichissant qu’il l’était avant de décliner.

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Lord Henry Woton (Georges Sanders) – « The Picture of Dorian Gray » (Albert Lewin, 1945)

Un autre point important est la destruction de l’innocence : ce qui frappe au début de l’intrigue, c’est la naïveté de Dorian Gray, un jeune homme pur, innocent, aussi beau à l’intérieur qu’à l’extérieur. A la lecture du roman, j’ai eu le sentiment que, moins que la perspective d’un plaisir immédiat, c’est plus la possibilité de perdre en même temps que sa beauté l’affection des autres et de ne pas atteindre ses objectifs avant de vieillir, qui impressionne le jeune homme. Son innocence est donc mise à mal par une intervention extérieure, celle de Woton. Dans le film de Parker, Gray, dans un moment de colère, hurle à Woton qu’il est devenu exactement ce qu’il a fait de lui. C’est un peu ce que j’ai ressenti quand j’ai lu le roman et vu les films. J’éprouve un certain dégoût pour le personnage de Lord Henry. Plus qu’un mentor, il me rappelle le Méphistophélès de Faust. A ceci près que j’apprécié Méphistophélès et sa dimension positive, puisque, par ses provocations, il aide Faust à prendre conscience de ses sentiments pour Margarethe. Pour Woton, Dorian Gray semble être le sujet d’une expérience. A la fois jaloux de la beauté et de la popularité de Dorian, alors qu’il se trouve bloqué dans la vie de famille d’un respectable gentleman, il pousse quelqu’un de jeune et inexpérimenté vers ce qu’il n’a jamais le courage de faire lui-même, détruisant avec méthode chaque once d’innocence en lui. Il observe avec délectation le résultat de ces expériences, tirant du plaisir par procuration, tandis que Basil essaie de faire ressortir ce qu’il y a de beau en Dorian. En fait, Woton est un peu ce père qui projette ses propres désirs sur son enfant et le pousse vers une vue qui ne lui convient pas. Il pense à sa propre satisfaction, celle de démontrer qu’il avait raison, au plaisir qu’il tire des détails de la vie de Gray – mais pas du tout au bien-être de son « cobaye ».

Conclusion : quelle part de Dorian Gray en nous ?

On a pu voir que l’œuvre d’Oscar Wilde a été adapté à différentes époques et que l’histoire de Dorian Gray continue de nous fasciner. Elle est intemporelle. Elle convient aussi bien à l’époque victorienne qu’à la notre, où l’on est passé du paraître à la « visibilité » – sur nos réseaux sociaux, on ne cesse de rappeler aux autres à quel point on est beau, à quel point notre vie est cool, quand on ne choisit pas de cracher sa bile par pure amertume. Paraître ou visibilité, le résultat est le même, mais le terme sonne beaucoup mieux. Comme Dorian Gray, beaucoup d’entre nous ont envie d’être vus et aimés. C’est aussi mon cas, soyons honnête.

Si l’apparence est bien un facteur, je pense qu’il n’est pas le seul en jeu. Je disais plus haut que Dorian Gray semblait plus craindre la peur d’être oublié que de voir son apparence se dégrader. Cela compte aussi de nos jours. Notre obsession pour notre apparence n’en est qu’un reflet. C’est être vu, aimé, que nous voulons. C’est vivre, s’accomplir, s’épanouir, réaliser ses rêves avant de devenir trop vieux pour le faire, quand on nous rappelle sans cesse que l’heure tourne et qu’à tel âge, il faut avoir accompli telle ou telle prouesse, couché avec tant d’hommes ou de femmes, voyagé à tel endroit, gagné tel salaire… (Je lisais un article il y a quelques temps sur ce qu’une femme était censée avoir fait avant ses trente ans : certaines « normes » sont tout simplement à mourir de rire, pour peur qu’on ait l’humour noir !) Au final, c’est bien ça, la peur de ne pas pouvoir s’accomplir. Et d’être paralysé par cette peur au point de suivre les conseils du premier Woton venu.

Personnellement, si j’en croise encore un et qu’il m’abreuve de ses conseils à deux balles, je serais ravie de lui répondre : « Mais après toi, mon grand… » 🙂

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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